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LES NOUVELLES PRIMEES EN 2010

 

UN TRAIN... UNE GARE...

Le concours de Nouvelles 2010 a « produit » 172 textes que l’ensemble des jurés a lus intégralement.

Pas question pour nous de couper en plusieurs parts le « stock de nouvelles ». Ainsi, les points obtenus pour chaque texte sont plus justes.

On trouvera dans ce livret les 10 Nouvelles arrivées en tête, ainsi que 7 coups de cœurs des jurés (le huitième de cœur étant une des 10 nouvelles. (Atlantic express).

A noter que les « coups de cœur » sont classés dans leur ordre dans le concours général, selon le nombre de points obtenus.

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Grand Prix du Salon du Livre 2010 (400€) remis par M. Jean Paul Rodet, vice-président du Conseil Général de l'Ain:

   Jacques BERNARD, pour "Rencontre fortuite à Slyoudianka".

Prix du Château de Salvert (200€), remis par M. Martial Goyard, maire d'Attignat:

   Natacha Samson, pour "Traquée". (également prix des 16/25 ans, d'un montant de 50€)

Prix des jurés du Salon du Livre (100€):

   Laurence Polère, pour "Les bancs de Corail"

4eme prix (40€): Eléonore Affinito, pour "De l'égoïsme des points de vue"

5eme Prix (40€): Emmanuelle Cart-Tanneur, pour "Etoile filante"

6eme prix (40€): Sébastien Broc, pour "Atlantic Express"

7eme prix (40€): Hélène Geli, pour "L'inconnu de l'horloge"

8eme prix (40€): Catherine Gaillard-Sarron, pour "Le train de 11h30"

9eme prix (40€): Sara Girod, pour "Le voyage imprévu"

10eme prix (40€): Dominique Chappey, pour "L'attente".

   Nous avons primé les 10 vainqueurs grâce à l'implication du Conseil Général de l'Ain. Merci à lui.

 

Les Coups de coeur des jurés. Les huit jurés avaient droit à un "Coup de coeur". Si l'un d'eux désigna un texte primé ("Atlantic Express"), les sept autres désignèrent les oeuvres suivantes:

 "Chère moitié", de Jean Marie Palach

 "Le 10/12" de Carl Tremoureux

 "Dans ses yeux", de Gwénaëlle Viard

 "Train de Vie", de Julien Tournier

 "El Deber, Bolivie", de Cindy Gassmann

 "Impressions de gare", de Eric Maillard

 "Le wok", de Lionel Girard.

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GRAND PRIX DU SALON DU LIVRE 2010

Attribué à Jacques Bernard, de Marlieux (01)

   pour sa nouvelle "Rencontre fortuite à Slyoudianka"

 

La gare d’Irkoutsk et son entrelacs de rails, de fils électriques et de carcasses de wagons rouillés s’éloignait. Par la vitre poussiéreuse, Evgueniia voyait défiler  les  isbas traditionnelles aux rondins asphyxiés par des couches multiples de peinture, supplantées çà et là, par des  immeubles plus modernes, sauvagement taguées. Deux mondes antipodes. C’était ça, Irkoutsk. Tout comme le sentiment qu’elle éprouvait à l’égard de cette ville : de la haine pour cette urbanisation forcenée et une éternelle reconnaissance pour lui avoir permis de rencontrer Igor.

 Igor, elle le  vénérait, comme jamais personne avant lui. Un jeune homme grêle et fragile avec une ingénuité surprenante et une douceur infinie. Comme elle.  Deux êtres à l’enfance spoliée. Au premier coup d’œil,  ils s’étaient reconnus, et ils s’étaient aimés, subjugués par la lumière et la sincérité de leur regard. L’année universitaire s’était terminée. Avait alors commencé l’attente interminable de ce moment où elle pourrait le retrouver chez lui, à l’autre bout de la Russie.

Depuis le départ du train, Igor ne la quittait plus, son image la hantait, elle songeait à la peau laiteuse et douce de ses bras, elle sentait déjà la chaleur humide de ses lèvres sur les siennes. Comment  aurait-elle la patience d’attendre encore quatre jours, affalée sur la banquette du Moscou Khabarovsk ?

 Evgueniia somnolait maintenant, les écouteurs de son lecteur MP3 enchâssés dans ses oreilles. Le volume était à son maximum et son esprit était anesthésié par les sonorités  puissantes du jambé et la voix envoûtante de Salif Keita.

Un cahot sec la tira de cette torpeur opportune. Elle entrouvrit les yeux, et les referma aussitôt. Comme pour fuir la réalité. Mais le gémissement des roues  sur les rails acheva de la réveiller. Après un ultime grincement et un soubresaut  brutal, le convoi  stoppa. Elle rangea ses écouteurs, guigna son portable, par réflexe, et se leva. Les voyageurs  s’ébrouèrent sur le quai de la gare de Slyoudianka. Couvertes de fichus bariolés, des vieilles femmes, à la peau tannée et au corps esquinté par la violence de leur quotidien y avaient étalé fruits et légumes qu’elles vendaient pour quelques roubles. Evgueniia déambula entre les étals, hésita, puis choisit un énorme concombre à la peau papuleuse. Elle s’apprêtait à remonter dans le train, lorsque deux jeunes hommes s’apostrophèrent, échangèrent quelques amabilités et en virent à se rudoyer. L’un d’eux, déséquilibré par la bourrade de l’autre,  bouscula sauvagement Evgueniia. Ce dernier la retint, la garda  résolument dans ses bras, puis s’excusa et s’enfuit. A peine retrouvait-elle ses esprits qu’un autre se posta devant elle et cria :

« Mademoiselle ! ». Puis il  arma son portable, la prit en photo et disparut promptement.

Le trouble suscité par  ce geste insolite l’empêcha tout d’abord de crier et de vitupérer contre une telle impudence.  Puis, peu à peu, sa colère se mua en inquiétude. Pourquoi l’avait-on prise en photo ? Par admiration ?… A moins que son image n’eût pour but d’alimenter  quelque site douteux  du net ? Désormais, n’importe qui pourrait donc la reconnaître, la poursuivre, peut-être ! Une proie en somme,  complètement vulnérable. D’abord contrariée, puis maintenant consciente du péril, Evgueniia devint livide. Elle s’engouffra dans le train, rejoignit son compartiment et se cala sur la banquette.

Elle osa un regard autour d’elle, à la recherche d’un visage bienveillant, protecteur, familier. Mais les trois voyageurs qui avaient partagé son espace jusqu’à la halte, étaient descendus. Et elle ne vit que trois têtes fixes, braquées sur elle, inquisitrices. Deux hommes et une femme. Elle frissonna.  Puis son visage s’empourpra, fut pris de légers tremblements et laissa sourdre une myriade de gouttes de sueur.  Elle était  désespérément seule. Peut-être même que ces gens  à la mine patibulaire étaient  des complices du photographe ! Elle parvint à  contenir un cri rageur, malgré  les grimaces saugrenues de l’un des hommes.  Maigre, le visage constellé de stigmates et piqué, ça et là, de poils de barbe noire, les traits fermés, l’œil mauvais, il toisait Evgueniia, laissant échapper de légers chuintements de sa bouche. Il finit par sortir un couteau, se cura une dent de la pointe de la lame et le referma avec un claquement sec. Tendue à l’excès, elle éclata en sanglots. Un flot de larmes intarissable inonda son visage qu’elle dissimula dans ses mains.

Evgueniia vivait  un véritable cauchemar. Prisonnière de ce train, de ce compartiment, surveillée peut-être par ces trois personnages. Comment leur échapper, sans arme, sans aide ? A moins que… mais oui, c’était cela ! Elle allait descendre au prochain arrêt. Prendre son sac, sauter sur le quai et courir, courir… Trouver un refuge, une cachette, vite appeler Igor…. Mais… aller où en attendant qu’il arrive ? Dans une ville inconnue…. Et… si elle était surveillée ?… Son dessein serait vite dévoilé. Et avec cette photo… L’idée de la fuite fut vite anéantie, c’était une utopie, la réalité était plus cruelle. Amère, elle regarda autour d’elle. Les deux hommes et la femme s’étaient assoupis.

Elle se leva sur la pointe des pieds, accéda au couloir qu’elle  longea ensuite jusqu’au samovar posé dans l’encoignure. Elle fit couler un thé bouillant  qu’elle huma d’abord, avant d’y tremper avec délicatesse ses lèvres fiévreuses. Elle respira  et but à petites gorgées, comme Igor le faisait toujours.

Igor… Mais oui… Igor,  elle allait lui téléphoner, lui raconter. Tant pis s’il dormait, là-bas, à l’autre bout de la Russie. Il comprendrait, il était si amène. Il prendrait le train, viendrait la protéger et  abrégerait ce cauchemar. Enfin.

Elle plongea fiévreusement la main dans le sac de tissu qu’elle tenait en bandoulière. Elle fouilla, palpa chaque objet et sentit soudain une forme insolite. Elle l’extirpa avec appréhension  du fatras indescriptible qui  peuplait son sac.  C’était un petit paquet emballé dans du papier journal attaché par une ficelle grossière. Plutôt léger et mou. D’où pouvait-il provenir ? Jamais elle ne l’avait vu ! Quelqu’un l’avait-il  introduit dans son sac à son insu. Mais qui ? Par prudence naturelle, elle n’avait pas posé son sac dans le train, ça, elle en était sûre. Elle tenait aux quelques centaines de roubles qu’elle avait emportés. Mais… Au fait…L’argent ? Elle regarda fiévreusement dans son portefeuille. Ouf, il était là.

            Hélas, le portable demeura introuvable. Elle explora chaque poche, mais en vain. Refusant l’évidence, elle courut dans les toilettes, ferma la porte et là, malgré  la crasse, l’odeur nauséabonde et suffocante, elle  vida son sac et fouilla l’amas  d’objets hétéroclites. Hélas, il avait disparu…Enfin, on le lui avait volé, elle en était sûre. Cet objet qui la reliait à Igor, son ultime espoir, s’était évanoui. Elle s’effondra, prise de spasmes convulsifs, avant de succomber à l’anéantissement absolu. Elle pleura, pendant de longues minutes, assaillie de sentiments contradictoires de résignation et de révolte. Elle regarda dans la glace le spectacle affligeant de son visage rougi et boursouflé par les pleurs. Puis elle fit couler dans le lavabo, constellé d’éclaboussures immondes, un mince filet d’eau qu’elle recueillit dans ses mains. Elle s’en humecta le visage.

Elle quitta cet endroit glauque et rejoignit son compartiment. Les autres dormaient toujours. Elle ajusta ses lunettes de soleil pour dissimuler son désespoir. L’atmosphère  était pesante, la chaleur  exacerbait les odeurs  de corps en sueur, de fumée de cigarette froide et de friture rance. Prise de nausées, elle ouvrit légèrement la fenêtre et aspira l’air torride qui  lui brûla la gorge. Elle posa sa tête contre la vitre, abandonna quelques larmes et laissa le défilement des paysages l’enivrer jusqu’au vertige, jusqu’à l’évanouissement. Cà et là, des cabanes de pêcheurs en rondins de bois rompaient l’uniformité bleue du Baïkal, immense et apaisant. Bientôt, les rives disparurent pour laisser la place à d’immenses étendues  sauvages,  peuplées d’arbustes rabougris et de bouleaux conquérant la lumière de fin d’après-midi. Par endroits,  des cèdres majestueux et des squelettes gris,  gangrénés par les vapeurs acides des usines. Le train ralentit et le changement de cadence éveilla les autres voyageurs. Bientôt, il s’arrêta. Tous  descendirent et s’ébrouèrent sur le quai de la gare de Baïkalsk.

Evgueniia ne descendit pas. Elle se recroquevilla sur la banquette, comme si elle avait attendu une épreuve inéluctable. Profitant de cette solitude provisoire, elle examina le paquet mystérieux. Elle soupçonnait l’homme à la barbe noire. Mais elle  se rappela soudain l’incident sur le quai de Slyoudianka, l’altercation entre les deux jeunes hommes, la bousculade et l’étau ferme que constituèrent les bras de l’un d’eux. Le nœud de l’histoire était là, évidemment !

 Vite, elle attrapa le paquet, défit le nœud qui retenait la ficelle et déplia le journal. Elle découvrit un sachet de plastique brun assez épais, qui ne laissait rien voir de son contenu. Un contenu malléable dont elle crut discerner avec inquiétude la nature. Les hypothèses étaient multiples, mais vraisemblablement on se servait d’elle pour transporter quelque chose  de dangereux, d’illicite ou de périlleux pour le détenteur. Le choix n’était pas anodin, elle était seule, jeune, ordinaire, au-dessus de tout soupçon. Une proie idéale en somme, une victime sans défense.

 La colère prenait maintenant le pas sur l’abattement. Le destin lui apparaissait d’une cruauté indicible. Elle s’était tant languie de ce voyage en pensant à Igor ! Et c’était maintenant un délire, pire, un imbroglio cauchemardesque dont elle ne sortirait peut-être pas vivante. Et tout ça, à cause d’une rencontre fortuite.

Elle tourna le sachet dans tous les sens, le sentit, le palpa encore. Elle remarqua alors, posée sur ses genoux, une étiquette qui devait être à l’intérieur du paquet  et qu’elle n’avait pas vue. Quelques lignes seulement, à l’encre bleue. Une écriture en bâtons, appliquée, comme celle d’un enfant :

 «VOUS AVEZ OUVERT LE PAQUET. PREMIERE ERREUR. ARRETEZ-VOUS ! NE LE JETEZ PAS ! NOUS AVONS VOTRE PHOTO. ATTENDEZ UN SIGNAL ! »

Le message était ponctué d’une tête de mort, maladroitement dessinée.

Le dessin évidemment la glaça. Le message était clair. Aucune échappatoire possible. Seulement l’attente d’un signal  dont elle ne connaissait ni la nature, ni le moment. Condamnée à patienter, à présager, à redouter et à s’angoisser. Surtout n’alerter personne, ce serait la mort assurée. Evgueniia  replia le paquet et le fourra au fond de son sac. Déjà, les  voyageurs regagnaient leur place. Elle fit semblant de s’être assoupie.  Elle éprouvait maintenant d’autres sentiments à l’égard de ses compagnons de voyage. Ils lui étaient familiers et finalement  rassurants.

La nuit commençait à tomber. Les lumières blafardes du compartiment étaient éclairées. Les deux hommes et la femme avalèrent quelques petits pains à la saucisse et partagèrent un quart de pastèque. Evgueniia  refusa  poliment le morceau qu’ils lui tendirent en refoulant une nausée. Son regard était fixé sur la fenêtre. Seuls quelques points lumineux furtifs et éphémères  révélaient une vie en dehors  de ce train.

Après avoir joué aux cartes, les deux hommes  décidèrent de s’installer pour dormir. Les deux couchettes supérieures furent dépliées.  Evgueniia grimpa sur l’une d’elles et s’allongea pour une nuit qu’elle imaginait interminable dans la demi-pénombre. Elle était épuisée. Elle ferma les yeux, essaya de se concentrer sur  des images apaisantes, mais le présent angoissant  revenait sans cesse, elle n’avait aucun répit. Les  tremblements, les accès de fièvre, les frissons d’effroi se succédaient, la laissant exsangue. Elle ne pouvait détacher ses yeux de la porte du compartiment qu’elle craignait de voir s’ouvrir à chaque instant. A travers le rideau, elle discernait des ombres dans le couloir du train et leur taille semblait décuplée. Certaines  s’avançaient, puis s’arrêtaient, juste devant la porte. Elle retenait alors son souffle, persuadée de l’imminence du dénouement.  

Soudain, le train stoppa. L’ultime soubresaut la tira d’un assoupissement précaire. Elle perçut des aboiements, des pas pressés dans  le couloir et des vociférations  menaçantes :

 « Police ! Que personne ne bouge ! »

Un homme, un révolver à la main, se précipita dans le compartiment,  braqua sa lampe sur le visage d’Evguéniia en criant :

«Reste tranquille ! On te tient ! ». Evgueniia  hurla de toutes ses forces :

« Non, non,  c’est pas moi ! »

« Qu’est-ce qui t’arrive, Adeline ? » s’écria Nicolas.

-                                  Euh !... Rien… rien. »

Une voix nasillarde annonça :

« Vous êtes arrivés en gare de Bourg en Bresse. Terminus. »

Adeline ferma le roman qu’elle avait posé sur ses genoux et qui s’intitulait : «  Une drôle d’affaire dans le transsibérien. »

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Prix du Château de Salvert

remis par M. Le Maire d'Attignat

à Natacha SAMSON

pour sa Nouvelle : "Traquée" (également prix des 16/25 ans)

 

Le sommeil, qui gagne du terrain tandis que le soleil décline lentement en ce jour neigeux de février, est en passe d’avoir raison d’elle. Phénomène accentué par le roulis du train. Comme lorsque les enfants sont bercés par le cahotement de la poussette, tandis que les parents prient silencieusement pour qu’ils s’endorment…pour s’échapper de toute l’attention qu’ils demandent.

Elle, c’est de sa propre raison qu’elle espère s’échapper, en suivant du regard les flocons qui tournoient dans le ciel. Elle pose sa tête contre la vitre froide, qui, sûrement, est sale. Elle s’en fiche, elle ne veut plus réfléchir, et observe les autres passagers fatigués du wagon. Elle repense aux raisons qui la poussent à fuir sa ville, son travail, sa vie tout simplement,  tandis que son regard accroche les titres du journal que son voisin d’en face vient d’ouvrir : « échappé depuis 36h, le tueur des trains court toujours ». 

 * *

 Boule au ventre, rythme cardiaque affolé, sueurs. Poitrine comprimée et souffle coupé, rien qu’à la lecture de ces quelques mots. Symptômes habituels récurrents depuis le coup de téléphone reçu cette semaine. Mais en réalité, elle ressent ces signes depuis beaucoup plus longtemps que ça. Ils sont juste multipliés depuis quelques jours, depuis que la peur est revenue. Car c’est bien ce qui lui fait peur, ce fait, cette simple affirmation : « le tueur des trains court toujours ». Cette simple phrase la ramène dans le passé, dix ans auparavant, lorsqu’elle a survécu au massacre. Rien que ces deux mots « le massacre », et tout le monde dans la région sait de quoi il s’agit.

Elle ne sait pas comment, à trente-cinq ans, elle se retrouve de nouveau dans ce cauchemar. Deux jours plus tôt, appel du commissariat de M***, et le sergent Berthier l’informe que son apparente tranquillité vient brusquement de virer au cauchemar : IL s’est échappé après dix ans de prison, profitant d’une livraison à la bibliothèque de la prison où il tentait de passer pour un détenu modèle. A peine sorti, les pulsions ont eu raison de sa bonne volonté, sûrement feinte. Ou le naturel revient au galop. Tout dépend de ce que l’on peut penser d’un tueur en série qui sévit depuis son adolescence aux quatre coins du globe. Egorgeant toutes celles qui lui rappellent sa mère, morte brutalement devant lui, tuée alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Les psychiatres qui l’ont pris en charge à l’époque ont déclaré que le choix d’un train comme lieu du crime remontait au meurtre de sa mère, lorsqu’elle l’a poussé dans le métro alors que, sur le quai, elle rendait son dernier souffle. Balivernes... Pour elle, ce choix n’est rien d’autre qu’un choix stratégique, d’un esprit éclairé et méthodique. En banlieue tout le monde est conscient que les RER et les trains ne sont pas les meilleurs endroits où s’attarder, surtout lorsqu’on est seule.

 Elle fuit. Elle a eu trop de mal à survivre, aux opérations de chirurgie réparatrice, au procès, aux journalistes et aux curieux. Aux lettres de ce fou, postées de la prison, ou de l’asile, implorant son pardon puis la menaçant. Elle a déménagé, une dizaine de fois. Elle a laissé à chaque fois le peu d’amis qu’elle avait, son appartement, ses habitudes…Mais il l’a toujours retrouvée. Elle ignore comment, mais elle est devenue un symbole : celui de son échec.

Lorsqu’il a tenté de la tuer, au diapason de sa folie, il a eu un « blocage ». Il n’a pu achever son geste, lui laissant un peu de répit, quelques secondes, pour s’échapper. Arrivé au sommet de sa carrière de tueur, passant d’une victime à plusieurs dizaines de martyrs, profitant de la nuit et d’un train longue distance, il n’a pas réussi à achever son geste. Elle ne sait plus comment mais elle s’est échappée. Elle a enfouit tous les souvenirs de cette soirée tragique au plus profond de sa mémoire. Là où l’on cache ce qui fait mal ou qui fait peur. On l’a retrouvée gisant le long de la voie ferrée, tandis que le train de la mort atteignait la gare de D*** où les passagers, puis les agents de la compagnie et enfin les policiers, ont été témoins de l’Horreur. Elle, elle l’a vécue, eux, ils l’ont constatée. Un carnage, un non-sens. Il y avait tant de folie et de rage dans ce train que les journalistes ont été interdits, les curieux repoussés avec force, et les policiers accompagnés psychologiquement pour faire face à ces images. 

 Elle ferme les yeux. Peut être qu’en serrant fort ses paupières elle oubliera tout. Inutile pourtant, elle a déjà essayé. Elle soupire et rouvre ses paupières.

Regard vers sa valise, vérifiant qu’elle est encore là, sa seule compagne de route pour l’épauler, quelques vestiges du passé en poche.  Elle n’emporte à chaque fois que certains objets, toujours les mêmes et témoins de ce que sa vie à toujours été : une partie de cache-cache. Des souvenirs de chaque ville où elle a habité, des endroits où elle est allée. Le reste de ses affaires, elle les laisse au garde-meubles. De toute façon, à cause de Lui, elle n’est plus attachée aux humains, alors elle est encore moins attachée aux choses.

Et parmi ces objets, de rares souvenirs de son enfance : quelques photos usées où elle apparaît seule face à l’objectif, une peluche dans les bras et son éternel bonnet d’enfant sur sa tête. De couleurs vives, fait mains, c’est l’unique objet qui la rattache à sa mère. Sa mère, elle ne l’a pas connue. Quant à son père, elle ignore tout de lui. En fait, elle ignore d’où elle vient. A tel point qu’elle ignore qui elle est vraiment. Elle avait à peine un an lorsqu’elle a été retrouvée dans un grand magasin de la ville de ***. Elle gigotait dans un couffin de fortune et n’avait pour seul effet personnel que ce bonnet trop grand pour elle, que sa mère lui avait sans doute fait. C’est du moins ce qu’elle se plaisait à croire.

Après une enquête infructueuse pour retrouver la trace de ses parents, elle avait été recueillie par un couple qui était trop âgé pour concevoir un enfant. Choyée, elle avait eu une enfance paisible, et plutôt tranquille. Tout allait bien jusqu’à ses vingt-quatre ans, lorsque ses parents adoptifs ont décidé de voyager via une compagnie aérienne douteuse, et l’ont « abandonnée »...eux aussi. Après l’enterrement, le vide s’est fait petit à petit autour d’elle. C’est donc seule que, l’année d’après, elle dû surmonter l’Horreur. 

 Le train ralentit à l’approche d’une gare et elle émerge de ses pensées. Inutile de raviver le passé.

Son voisin d’en face se lève, et sort du train, emportant le journal maudit qui lui rappelle sa réalité. Elle, elle attend le terminus, encore quelques heures de voyage et elle prendra le bateau. Ou l’avion. Elle n’est pas décidée, ne planifie rien à l’avance. Partir, loin cette fois, recommencer sa vie, c’est ce qu’elle aurait du faire il y a plusieurs années. Au lieu de se raccrocher à une pseudo vie normale, alors que c’était tout le contraire. Elle sent dans sa poche l’annonce pour un poste dans une ONG à laquelle elle a répondu ce matin. Son parcours professionnel et l’entretien téléphonique qui a suivi lui ont permis de décrocher le job immédiatement. Heureusement pour elle, l’annonce était urgente et le pays de destination peu attrayant. Se rendre utile est l’une des meilleures thérapies au monde.

Pendant ce temps, la neige tombe encore et encore. Les flocons, petits il y a une demi-heure, tombent désormais en masse, et elle ne distingue plus le paysage qui disparait peu à peu dans l’obscurité et les nuages. Comme si la météo extérieure reproduisait le brouillard qui envahissait peu à peu ses pensées. Ses yeux se ferment et elle sombre dans un sommeil agité.

 * *

 On la secoue. Sursaut paniqué. Elle ouvre les yeux. Une dame lui sourit gentiment, quoique un peu désorientée face à la réaction de cette jeune femme qui a l’air si apeuré. Elle lui annonce que le train est immobilisé à cause des intempéries. « Une panne », paraît-il, « qui ne pourra être réparée qu’au petit matin ». Il faut descendre et rejoindre la gare la plus proche à pied pour patienter, on les y attend avec des boissons chaudes et des couvertures. « Super » se dit-elle. Elle fuit un tueur qui est peut être déjà à ses trousses, ne désirant qu’achever son œuvre, et elle va rester bloquée dans une gare de campagne. Ce n’était pas prévu dans son itinéraire. Pas le choix pourtant, elle remercie la dame et la suit dans l’allée. Elle récupère sa valise et descend du train : les passagers sont nombreux, certains énervés, d’autres philosophes. Tandis qu’un agent de la compagnie leur demande de le suivre le long de la voie pour rejoindre la gare, les flocons tombent de plus en plus vite, et de plus en plus drus,  reflétant l’urgence qu’elle ressent en cet instant.

Coup d’œil autour d’elle, réflexe qui l’accompagne depuis des années. Beaucoup d’hommes d’affaires dans ce train, quelques familles rentrant du ski, bonne mine et bronzage contrastant avec le regard fatigué de ceux qui, comme elle, partent au lieu de revenir. Encore un réflexe, l’observation de ce et ceux qui l’entourent. Elle n’a pas son appareil photo sur elle. Il est au garde meuble avec les affaires qu’elle se fera envoyer plus tard lorsqu’elle saura où s’installer. Heureusement, son boulot de photographe lui permet de se sentir libre de ses mouvements, et le travail en free-lance, autonome, lui plaît. Pratique également pour déménager, comme elle le fait depuis dix ans.

Soudain, un mouvement dans les buissons à cinquante mètres de là retient son attention. Furtif. Elle pense en premier lieu que cet arrêt forcé dans la campagne lui joue des tours, que ce premier voyage en train depuis dix ans était (elle le savait) une mauvaise idée. Elle ralentit et plisse les yeux, tentant de distinguer un oiseau, un lapin, n’importe quoi, qui ferait taire son imagination, qui déjà, s’emballe. On la bouscule et elle se rend compte qu’elle est maintenant la dernière de la file, ses compagnons ayant trop froid pour traîner à guetter les animaux, ou quoi que ce soit d’autre. Ses pieds s’enfoncent dans la neige, et la neige craque. En temps normal elle adore ce bruit, mais cette nuit, il ne fait qu’accentuer son trouble. Elle se sent traquée. Impossible d’expliquer pourquoi. Ce sentiment l’a accompagnée des années durant, précédant chaque départ, chaque recommencement, chaque crise de panique. De toute façon, comment aurait-il su où la trouver si vite après son évasion, alors que la moitié des brigades criminelles du pays sont à sa recherche, ou du moins en alerte ? « Respire, ne laisse pas la panique te gagner » se dit-elle… « Il ne peut rien t’arriver ».

-« Madame, veuillez avancer s’il vous plaît, il faut rester groupés! », lui crie l’agent de tête, alors que plusieurs mètres la séparent désormais du groupe.

Elle acquiesce et accélère le pas sous l’averse de neige. Des visions fugaces, celles qu’elle avait pourtant enfouies si loin, lui reviennent en mémoire pendant qu’elle rejoint les autres. Le sang sur lequel elle rampait tandis qu’Il la poursuivait, les morts autour d’elle, hommes, femmes, enfants, témoins de Sa fureur. Lui qui, d’habitude, ne choisissait que des femmes brunes, aux yeux verts, entre 25 et 35 ans, ressemblant à sa mère. Selon les policiers, elle aurait pu être la jumelle de celle avec qui tout a commencé. Elle a vu une photo et n’a pu que constater la ressemblance frappant, troublante…entre elle et la mère de ce fou.

Ils arrivent à la petite gare de campagne, terre promise en attendant l’aube. Du café, du thé, des biscuits les y attendent. Il est trois heures. Les dépanneurs ne seront pas là avant 7 heures. Elle prend place sur un banc en ferraille, se demandant pour la énième fois pourquoi les bancs dans les gares sont toujours en ferraille, comme pour décourager les voyageurs de s’y installer, comme s’ils étaient inutiles, et les trains toujours à l’heure. Le froid de la matière lui glace les os. Elle tremble sans savoir si c’est le froid ou l’anxiété qui la pénètre. Le brouhaha ambiant lui vrille les tympans. Une cigarette, une mauvaise habitude qu’elle reprend en cas de stress intense lui apparaît comme une échappatoire. Elle se lève et s’approche de la sortie, suivie par quelques autres accrocs à la nicotine. Elle ne veut pas discuter avec les autres, faire semblant d’être sociable. Elle a fait ça toute sa vie, accentuant sa solitude, et décourageant ceux qui souhaitaient sa compagnie. Aussi elle s’éloigne et fait le tour du bâtiment. La « gare » est en réalité une maison style années 50, petite, décrépie, écaillée… Alentours, rien. Nada. Le calme. La campagne. Quelques troupeaux pas loin semble t’il. Une autoroute également, à en juger par le bruit des moteurs, relayé par le vent. Elle se retrouve sans s’en rendre compte sur la route du village. Elle le distingue à peine dans le brouillard qui s’installe après la neige. Quelques maisons de ci, de là, laissent à penser que la vie ici est paisible. Le vent  glacé qui  lui souffle aux oreilles semble pourtant lui chuchoter des mises en garde qu’elle ne comprend pas.

Soudain elle est projetée au sol par une force incroyable. Elle tombe dans la neige glacée, et sent un poids sur elle, avant de sentir une lame glacée qui lui effleure le cou. Elle reste immobile. Elle entend Son souffle rauque dans ses oreilles tandis qu’il lui murmure de ne pas bouger. De ne pas crier. De toute façon, personne ne peut venir à son secours. Il lui explique qu’il est passé par la gare avant de la chercher aux alentours. Personne n’a survécu à sa fureur et à sa colère de ne pas la trouver, lui qui l’a suivie depuis son départ.

Elle sent son cœur qui bat, si fort qu’il résonne dans ses tympans. Elle se contorsionne et se retourne. Elle lui fait face. Leurs regards s’accrochent, et tandis qu’elle murmure dans râle « pourquoi ? », il sourit. Elle sent la lame qui s’appuie sur sa gorge, qui lui ôte la vie. Et pendant que le sang s’écoule lentement de sa blessure, elle a peur. Peur de mourir seule, accompagnée de son bourreau, peur de mourir tout simplement. Peur de vivre ces derniers instants avec Lui. C’est injuste, elle a pourtant tout fait pour lui échapper. S’est coupée du monde, s’est rendue invisible...pour rien. Elle a froid, elle tremble... Puis, alors qu’elle rend son dernier souffle, Il lui caresse la joue et la berce, d’une voix douce et grave. Elle soupire et ferme les yeux. Elle n’aurait jamais du prendre ce train.

     * *

 Elle se réveille, grelottante, le souffle court, des larmes coulent sur son visage… Des gémissements lui parviennent aux oreilles au moment où elle se rend compte qu’ils émergent de sa propre gorge.

« Ho mon Dieu, je suis encore dans le train! », pense t’elle, confuse. « Je ne l’ai jamais quitté ! ». Elle ne comprend pas, elle tremble, et dans sa panique, relève la tête. « Je me suis endormie » !

Elle est effectivement dans le train, qui ne roule plus, arrêté à une gare, toutes portes ouvertes, et elle est seule dans le wagon. Enfin, seul passager, car autour d’elle, ce sont des dizaines et des dizaines de policiers et CRS qui envahissent l’espace entre elle et Lui. Ainsi il était donc là. Dans ce train. Si proche. Son intuition, même au plus profond de ses rêves ne l’a pas trahie. Il la suivait donc. Le plan avait fonctionné. Et elle, au plus près du but, avait laissé le sommeil la gagner, pour soulager sa peur, l’angoisse de ce qu’impliquait le plan conçu par le sergent Berthier : le revoir.

Elle le fixe du regard et ses yeux à lui se rivent à ses yeux à elle. Elle ne se détourne pas alors qu’il s’effondre, là, à trois mètres d’elle, une plaie béante lui ouvrant la poitrine. L’un des policiers, voyant l’homme fouiller dans sa poche, a pensé qu’il sortirait une arme et a fait feu. Dans sa confusion, elle n’a pas entendu le tir. Trop captivée et troublée par ces yeux qu’elle avait oubliés, et dont, étrangement, le regard perdu ressemble au sien.

 

Elle ferme les yeux et respire à fond. C’est finit. Elle est libre, après cette dernière promesse fait au sergent Berthier. Une promesse contre une autre : servir d’appât contre la promesse d’avoir enfin une vie libre. Dans une ultime tentative pour lui échapper, dans un dernier espoir, elle a accepté la proposition. Depuis, elle a passé deux nuits sans sommeil,  planifiant son départ la nuit, et le préparant le jour. Ce plan qui devait l’amener dans ce train, en « espérant » qu’il la suivrait et qu’il pourrait enfin être appréhendé. Et ça a marché ! Non seulement il ne la pourchassera plus, mais il ne tuera plus. Elle n’ose encore y croire, elle a eu de la chance. La chance qu’il la suive, et qu’elle soit attentive, du moins au début. Bon, elle s’était endormie et avait fait cauchemar horrible. Mais elle est en vie. Une vie qu’elle va désormais pouvoir apprécier, et vivre pleinement, tout simplement.

Autour d’elle tout le monde s’agite, le médecin légiste ne va pas tarder, et elle risque un regard vers le corps inerte auquel désormais personne ne prête attention, sauf elle. Cet homme qui a détruit tant de vie, dont la sienne, est mort. Il n’aura fallu que quelques secondes.

Soudain, un reflet attire son attention dans la main de l’homme. Il tient quelque chose entre ses doigts. Elle s’approche, se baisse, tandis que son souffle lentement se coupe. Elle ne comprend pas et pourtant cela devient une évidence. Elle subtilise la photographie qu’Il tenait si fort dans sa main, même dans la mort, et se rassoie lourdement. Perdue. Plus de repères. Tout ce qui l’entoure tourne autour d’elle.

Sur la photo, trois personnes. Une femme brune, jeune, avec de magnifiques yeux verts d’eau…Tandis que sa main repose sur l’épaule d’un petit garçon d’environ 6 ans, son regard est tourné vers l’enfant qu’elle tient dans ses bras. Ce n’est encore qu’un bébé de quelques mois, une fille si l’on en croit la robe d’été qu’elle porte. Et là, sur sa tête, le bonnet en coton. Son bonnet. Les couleurs qu’elle connait si bien –orange, rouge, rose vif – se mêlent à travers ses larmes qu’elle ne sent pas couler, et qui dansent devant ses yeux.

Alors que l’effroi la gagne elle comprend tout. Aussi incroyable que cela puisse paraître. Les pièces du puzzle se rassemblent dans son esprit, dans son passé. Des zones d’ombres subsistent mais elle comprend le principal. Cette enfant sur la photo c’est elle, là, dans les bras de cette femme à qui elle ressemble tant. Le garçon, ça ne peut être que Lui, son grand frère, devenu fou alors que devant ses yeux, leur mère perdait sauvagement la vie. Voilà pourquoi elle ressemble tant à cette femme, sa mère. Pourquoi furent-ils séparés, où a-t-elle disparu, elle ne le saura jamais. Qui l’a emmenée loin de la folie de son frère, qui pourtant restait sa seule famille ? Elle a grandit, ignorant tout de son passé, de sa famille biologique, de l’existence de ce frère. Alors que c’était ce qui lui a fait si cruellement défaut toute sa vie durant. Poussé par leur mère agonisante dans le wagon, son frère avait dû être recueilli par d’autres âmes charitables, puis confié aux policiers en charge de l’enquête sur le meurtre de cette jeune mère de famille.

De fait, à l’époque, les policiers avaient conclu à un kidnapping en ce qui la concernait. Une femme en mal d’enfant qui avait profité du chahut suivant le meurtre pour l’enlever. Ils avaient poursuivi l’enquête pour la retrouver pendant quelques semaines, mais aucune piste n’avait semblé mener nulle part.  Et la personne qui l’avait ramassée sur ce quai avait sans doute pris peur et n’avait plus osé avouer qu’elle avait elle-même abandonné le bébé dans un magasin, bien loin de là. Quelle ironie !

« J’ai passé les dix dernières années à fuir ma seule famille, et Lui a passé ces dix dernières années à harceler la petite sœur qu’il avait tenté, en vain,  de tuer » pense t’elle.  Amertume, tristesse, solitude. La bile lui remonte dans la gorge, alors qu’elle repense à leur lutte dans ce RER. A son incapacité à la tuer, à finir son geste, comme si au-delà de sa folie meurtrière, et de la ressemblance frappante entre elle et sa mère, Il la reconnaissait, sentait qu’ils étaient du même sang. Elle observe ce visage. Son frère. Elle sait qu’elle y survivra, que c’est ainsi que leur histoire se termine. Une histoire qui aurait pu être tellement différente, qui ne s’est jouée à rien, ou à quelques minutes, si leur mère avait pris le métro d’avant par exemple, ou si elle n’avait pas attiré ses meurtriers pour une raison inconnue

Mais inutile de tenter de changer le passé, il faut vivre avec, quel qu’il soit, ou renoncer.

Un coup d’œil autour d’elle et elle glisse furtivement la photo dans sa poche. Personne ne l’a vue, dans le bourdonnement ambiant accompagnant toute scène d’homicide. Ce sera son secret. Inutile de le signaler, ce passé lui appartient désormais. Elle a rempli sa part de contrat, elle est libre. Et cela ne change rien, n’apporte rien de plus. Elle ne renoncera pas, elle est en droit de se reconstruire. Enfin. Aujourd’hui elle sait d’où elle vient. Elle ne sait pas pourquoi il -son frère (puisque malgré tout elle ne pourra plus jamais penser à lui selon un autre terme)- avait cette photo en mains aujourd’hui, alors qu’il venait la retrouver. Avait-il compris au fil du temps qu’ils avaient plus en commun qu’un terrible moment passé dans un RER ? Alors qu’elle était victime et lui bourreau ? Venait-il « en paix » ? Ou au contraire, souhaitait-il achever la boucle ? Elle ne le saura jamais. Cruelle ironie tout de même. Quelle cruauté.  Mais les détails de leur histoire sont inutiles, puisqu’elle en connaît désormais les grandes lignes. Elle ferme les yeux, prise de vertiges. Il va lui en falloir du temps pour assimiler cette découverte, et l’accepter.

 Elle soupire, épuisée. Elle se relève et descend du train à la suite du sergent Berthier qui vient de lui faire un signe de la main. Encore quelques instants et elle pourra poursuivre son voyage, prendre un autre train et continuer sa route. Elle n’aura plus peur maintenant, et fera le deuil de son passé. De son passé révolu, son premier passé, celui dont elle ignorait tout et qu’elle n’a jamais cherché à retrouver. Comme si au fond d’elle, elle savait que cela rendrait les choses encore moins acceptables. Et pourtant, malgré toute l’horreur de son histoire, elle se sent apaisée. Sentiments contradictoires mais normaux lui semble t’il.

Elle écoute à peine le sergent qui se dandine devant elle, heureux d’avoir réussit son coup de filet, mais conscient que sans elle, sans risquer sa vie à elle, il n’y serait pas parvenu.

« -…Merci de tout cœur pour votre aide. Je sais ce que cela a dû représenter pour vous, risquer ainsi votre vie. Et surtout le revoir..après tout ce que vous avez traversé. Merci pour ce que vous avez fait. Vraiment…N’hésitez pas à me contacter en cas de besoin, vous avez mon numéro. »

Il la couvre d’un regard bienveillant. Lui qui est impressionné par son courage. Il avait suivit l’enquête lorsqu’elle avait été agressée par ce taré. Et elle en avait bavé. Ça oui elle en avait sacrément bavé. Il la salue et tourne les talons, vers d’autres affaires. L’ambulance qui embarque le corps démarre, et elle la suit des yeux jusqu’au carrefour, avant de détourner la tête.

 Offrant son visage aux rayons du soleil qui ont succédé à la tempête, la main dans le fond de sa poche, elle serre fort entre ses doigts la photo cornée. Elle ira rejoindre ses autres souvenirs d’enfance. Car malgré tout ce que représente cette photo, malgré les réponses qu’elle apporte et les questions qu’elle soulève, elle ne pourra jamais s’en séparer.

Et tandis que les nuages au loin laissent la place au beau temps, que la neige autour d’elle commence déjà à fondre, elle s’éloigne, plus sereine qu’elle ne l’a jamais été, et se mêle à la foule. 

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Prix du Salon du Livre

attribué à Laurence POLERE

pour sa nouvelle : "Les bancs de Corail"

 

Mer Rouge, Seychelles et autres Maldives défilaient ce jour-là devant mon regard flou, au rythme d'un train bruyant, monocorde, aménagé dans des tons d'orange très mûre, un peu passée. Les yeux noyés dans des océans d'un bleu suspect, peuplés d'étranges êtres vêtus de latex, je feuilletais mollement les pages d'une revue glanée dans une agence de voyages, quand je me sentis progressivement sombrer, irrésistiblement attirée vers les grands fonds de la somnolence.

 Le contrôleur me réveilla avec une douceur inhabituelle. Sa main tiède exerça une pression légère, ''contrôlée'' mais néanmoins sensible, sur mon avant-bras gauche, nu et bronzé, dont le fin duvet blond frémit sous la caresse. La main se posa à peine trop longtemps. J'avais déjà, un peu trop vite, ouvert spontanément les yeux - que j'avais très bleus - mais cette main s'attardait encore, pendant ce quart de seconde superflu, révélateur du plaisir qu'elle y prenait. Je lus dans son regard l'agréable surprise de découvrir, sur le haut de mon visage frais, sagement endormi et encore inconnu vingt  secondes plus tôt, deux prunelles océanes qui ne semblaient pas lui déplaire.

 Il avait lui-même un visage très avenant, de type méridional, des yeux de velours marron et une belle bouche, un regard souriant et des cheveux d'un châtain profond. Il se taisait et semblait avoir tout son temps, ce qui n'est pas fréquent chez les agents de la SNCF, car un train Corail entier l'attendait. Je me souvenais d'être montée dans la première voiture... à moins que ce ne fût la dernière ? Combien de temps avais-je dormi au juste ?

 Pas encore totalement éveillée, je compris toutefois que je devais montrer mon billet. C'était l'évidence même et il n'avait pas besoin de la formuler. Il attendait, tout simplement, que je m'exécute, et il souriait des yeux, qu'il avait décidément très caressants. Je me souvins alors vaguement qu'il m'avait réveillée en plein rêve érotique, d'où l'impact de sa caresse sur mon bras. Mes lèvres légèrement gonflées s'entrouvrirent et ma conscience encore ensommeillée se perdit du côté de mon sac. Je me savais désirable à cet instant sans toutefois en avoir une perception claire. C'est alors que je m'aperçus que le premier bouton de mon chemisier – déjà fort échancré – s'était opportunément ouvert pendant mon sommeil et qu'il dévoilait abondamment mon sein droit, que j'avais bien galbé - le gauche aussi, d'ailleurs -

 Un léger mouvement d'épaule eut tôt fait d'accentuer l'ouverture indiscrète, tandis que je baissais pudiquement les yeux vers mon sac ouvert, y enfonçant le bras non caressé. Je fus alors parcourue d'une idée folle, qui devint rapidement une idée fixe : je voulais sentir la main de cet homme sur mon sein droit, par l'échancrure de mon chemisier de soie. Une caresse à travers l'étoffe ne m'eût pas déçue non plus : la soie est si merveilleusement érotisante que le moindre souffle d'air peut faire dresser le mamelon sous le tissu plaqué, en moins de temps qu'il n'en faut pour y penser. Mais ce que je voulais en cet instant, c'était le contact direct de cette peau qui avait réveillé mon bras et je le voulais avec une telle détermination qu'il me semblait impossible de ne pas l'obtenir dans la minute qui suivrait.

 Je réalisai soudain que le temps filait et que l'homme aux yeux souriants sous sa casquette étoilée attendait toujours sans manifester la moindre impatience. En fait, il s'était à peine écoulé quelques secondes depuis mon réveil. Je regardai sa main posée sur le dossier du siège situé devant moi : une belle main aux ongles nets, carrée et dorée, dont je spéculai aussitôt sur le grain de peau, à la lumière de mes expériences passées. Évaluation plus que positive : ce genre d'homme avait, à coup sûr, cet épiderme souple et lisse qui fait la joie des rencontres de peaux.

 Je voulais cette main sur mon sein et je la voulais tellement que le sein en question, bientôt suivi par l'autre, en gonfla de plaisir anticipé, faisant frémir le fin tissu. Je guettais à travers ses longs cils bruns le regard à présent à demi baissé, inconsciemment attiré par la rondeur soyeuse, insecte innocent capté par une fleur carnivore... Mais après tout, cela ne devait-il pas être également pour son plus grand plaisir ? Combien de fois cela arrive-t-il dans la vie d'un contrôleur de train d'avoir l'occasion de palper, dans le cadre de ses activités professionnelles, un sein doux et bien galbé ? Qui plus est, surmonté d'un visage frais aux grands yeux bleus, que l'on a dû faire ouvrir pour les besoins du service.

 Pendant ce temps, mon bras non caressé fouillait mollement et avec une lenteur calculée le sac d'où le billet était tout prêt à bondir. Tout à la fois délicieusement rafraîchissant et excitant, un courant d'air tiède soulevait légèrement mèches de cheveux et vêtements d'été, s'engouffrant dans mon décolleté complice, ce dont personne d'autre ne semblait s'apercevoir. La chaleur pesante, le bercement du train et la brise estivale provoquaient la somnolence des autres voyageurs, qui n'avaient encore rien remarqué. Une mouche entêtée grésillait contre la vitre, agaçante musique de fond soutenant mon manège aguicheur. Je me rendis compte alors que nous n'étions pas seuls au monde et que la scène se déroulait – incognito pour l'instant – devant un wagon totalement ouvert, de modèle Corail, mal climatisé et de mauvaise qualité, tel qu'on en fabriquait encore au milieu du siècle dernier.

 Les prunelles de velours se dilatèrent sous le tir de mon œil bleu trop innocent pour être honnête et, surtout, devant le regard interrogateur du mamelon dressé au garde-à-vous, affleurant effrontément sous la soie légère. Je voulus vérifier l'impact de mon action, glissant discrètement sous mes cils maquillés vers le pantalon d'uniforme. Quoique masquée par l'épaisseur de l'étoffe, la légère protubérance bien répertoriée ne pouvait échapper à mon œil averti. Il devait me rester quelques secondes avant que le temps écoulé ne devînt inadmissible pour le wagon orange, pour le contrôleur bleu-marine mutique et pour mon propre corps, flottant entre deux eaux dans une frustration qui n'allait pas tarder à devenir inconfortable.

 Une publicité datant de l'âge du train me revint en mémoire, celle des lunettes qui déshabillent : je me plus à imaginer mon contrôleur en habit de plongeur, ceint dans un maillot seyant sur une chute de reins qu'il avait certainement bien galbée aussi... épaules larges et bronzées, lunettes-hublots masquant provisoirement son regard velouté et grand tuba dressé majestueusement, juste avant la plongée vers les bancs de corail.

 Le contact de la banquette en skaï hésitant entre l'abricot dépassé et la vieille clémentine commençait à se faire désagréable sous ma jupe moite et j'en vins à conclure qu'il fallait en rester là et exhiber enfin ce billet triomphal... J'envisageai un instant le scénario de la perte ou de l'oubli, le temps de visualiser la pénible et ambiguë élaboration de l'amende, la gênante et coûteuse tractation financière qui s'ensuivrait, le tout me permettant de gagner du temps, mais pour un résultat de plus en plus hasardeux, car l'homme aurait alors les deux mains prises.

 La mort dans l'âme, je capitulai et sortis le billet avec mon plus enfantin sourire, espérant, d'un mouvement d'épaule adéquat, faire sauter pour l'occasion le bouton suivant, mais en vain. La perforation fut exécutée avec soin et lenteur. L'œil brun gauche glissa sous les cils soyeux pour évaluer une dernière fois l'objet convoité, offert mais non saisi, et l'employé silencieux se tourna enfin de l'autre côté du couloir central, où un petit vieux frôlait la tétanie à force de tenir son billet prêt pour la perforation.

Je lorgnai vers ce voyageur, probablement contemporain de ce train vétuste, épiant dans sa prunelle délavée l'écho de cette lourde minute de silence, mais je ne perçus aucun indice susceptible de révéler qu'il n'avait rien perdu de la scène du sein dévoilé. J'en profitai donc pour me reboutonner et cacher cet objet qu'il ne saurait voir sans risquer un accident cardiovasculaire ; pas question de coller sur le dos de ce pauvre contrôleur si mignon l'horrible mort d'un voyageur imprudent !

 Je décidai alors de me rendormir et d'essayer de retrouver le fil de mon rêve érotique. Après tout, l'interruption avait duré à peine une minute et les événements récents m'avaient amollie davantage encore. Mes seins avaient gentiment repris leur volume initial et leur galbe sage sous le chemisier de soie désormais empreint de sueur parfumée, mais suffisamment fermé pour prévenir tout débordement ultérieur. 

 Afin de gommer le trouble passé, d'effacer toute trace de cette brève incartade et de recouvrer tant bien que mal une allure respectable, je tirai sur ma jupe froissée, défraîchie sous l'effet du plastique de la banquette mandarine, si désagréable par ces temps de forte chaleur. La tête vide, la bouche pâteuse et les paupières lourdes, je me calai contre la vitre et amorçai un retour au royaume de Morphée.

 A peine avais-je refermé les yeux qu'une envie inconfortable me poussa à me lever, quelque peu hébétée, et à me diriger vers l'extrémité du wagon... Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que le contrôleur bleu-marine m'attendait en souriant dans le no man's land situé entre les deux wagons brinquebalant de ce train antédiluvien !

 Poussant résolument la porte vitrée, je me dirigeai vers lui sans hésiter et il posa aussitôt les mains sur mes hanches – et non sur mes seins – Toujours dans le mutisme le plus total et plantant son regard velouté dans mes yeux marine interloqués, il m'embrassa à pleine bouche, fort bien d'ailleurs. Mon chemisier reboutonné s'impatienta de nouveau et je ne tardai pas à frotter ma jupe moite sur son pantalon d'uniforme pour vérifier l'acuité de mes regards. Il faillit perdre le contrôle, ce qui, vu sa fonction, était un comble, lorsqu'il passa enfin sa main droite dans mon chemisier gauche et palpa, tout à fait habilement, le mamelon resté à l'écart jusqu'ici. Celui-ci réagit avec toute la vigueur dont il était capable, tandis que l'autre recevait bientôt les honneurs de ses incisives – qu'il avait fort brillantes et très douces aussi – et que sa main gauche m'enlaçait et pétrissait ma jupe à présent très chiffonnée. Du plus profond de mon trouble, je rêvais de poursuivre nos délicieux ébats sur une accueillante banquette corail horizontale, mais il ne fallait pas y songer.

 Il se ressaisit soudain, réalisant qu'il ne fallait pas trop compter sur les reflets complices des vitres de séparation et qu'il mettait ses étoiles en danger. Il voulut donc m'entraîner vers le seul abri sûr, quoique fort trivial : les toilettes, dont je redoutais déjà le bruit infernal et les effluves incertaines. Je n'eus pas à m'interroger car c'est ce moment que choisit une charmante petite fille aux yeux bleus pour venir faire son petit pipi avec sa mère-grand.

 Nous les laissâmes passer, tandis qu'il consultait fébrilement son horaire SNCF et que je fouillais dans mon sac à la recherche d'un billet, par exemple. Une fois reparties les innocentes trouble-fête, il me plaqua avec douceur contre la porte et recommença à explorer mon anatomie sous la soie, ce que je laissai faire avec un bonheur non dissimulé. Il me mordillait délicieusement l'oreille comme jamais aucun homme ne l'avait fait aussi habilement et je dus réprimer l'expression de mon plaisir en griffant sa peau sans ménagements.

 C'est alors que, craignant d'être à nouveau interrompue par une autre petite fille aux yeux bleus, je voulus gagner du temps. Tout en me laissant embrasser avec volupté, j'ouvris derrière mon dos la poignée de la porte... Ce n'était pas la porte des toilettes et il n'avait pas anticipé mon geste. Je n'eus que le temps d'apercevoir ses yeux de velours horrifiés, ses incisives douces qui laissèrent échapper un cri (le son de sa voix !) et ses belles mains impuissantes qui avaient lâché prise. Je fus tuée sur le coup mais on ne constata pas de trace de blessure, sinon un fin écoulement rouge clair par l'oreille, qui me vida totalement de mon sang, le temps que les secours parviennent jusqu'à mon corps inerte. De toute façon, à cette vitesse, c'était sans rémission.

 Coïncidence ou conséquence ? Les trains Corail furent retirés de la circulation peu après, au grand dam de ce jeune contrôleur fort attaché à son environnement orangeasse qui, confia-t-il un jour, exerçait sur sa rétine un étrange impact érotique. Son rôle dans cette triste affaire ne fut pas identifié. L'accident, classé dommage collatéral par l'administration, fut répertorié comme suicide, échappant de justesse à la curiosité de la presse locale.

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Écrit par paysain Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Merci pour votre accueil!
Vivement les photos et la publication des autres nouvelles (?) sur le site?
Bon courage pour la préparation du prochain salon...Et du prochain concours!!
Amicalement,

Écrit par : Liz | lundi, octobre 11, 2010

Bonsoir

il me semble que ces nouvelles dépassent très largement le nombre de mots ou signes indiqué dans le reglement du concours ??
"5 pages maximum, de format A4, à raison de 1500 signes/page".
merci de m'éclairer sur cette "comptabilité mystérieuse"
bien cordialement

Écrit par : Heureux | mardi, octobre 12, 2010

il est normal que les pages, dans le livret et sur le site, soient en fait plus nombreuses que les 5 pages du règlement, la police ayant été augmentée pour l'impression....! (enfin il me semble!)

Écrit par : liz | mercredi, octobre 13, 2010

il est normal que les pages, dans le livret et sur le site, soient en fait plus nombreuses que les 5 pages du règlement, la police ayant été augmentée pour l'impression....! (enfin il me semble!)

Écrit par : liz | mercredi, octobre 13, 2010

ce n'est pas une question de pages et encore moins de police, mais de nombre de caractères ou de signes.
Il y en a deux ou trois fois plus dans ces nouvelles que le maximum annoncé dans le reglement !
Si la règle du jeu n'est pas respectée, à quoi sert-elle ?
bonne journée

Écrit par : gaëlle | mercredi, octobre 13, 2010

En effet 1500 signes X 5 pages = 7 500 signes.
Or la première nouvelle compte 23 692 signes espaces compris (!)
la seconde nouvelle : 12 683
On se situe bien au delà de la marge de tolérance de 10 % habituellement appliquée dans les concours de nouvelles.
Bien à vous

Écrit par : Heureux | mercredi, octobre 13, 2010

En effet la règle du jeu n'est pas respectée et cela saute aux yeux !!!
Dommage pour ceux qui auraient pu prétendre à un podium (ce n'est
pas mon cas...)
Donc, l'an prochain, les amis, mettez vous au roman !

Écrit par : Yvette Bonneau | mercredi, octobre 13, 2010

OH! lala la défaite est difficile...................!!!!!!!!!!!!

Écrit par : elisabeth | jeudi, octobre 14, 2010

La nouvelle publiée en premier sur le site n'est pas celle qui a obtenu le grand prix du salon du livre 2010.

Écrit par : brigitte | jeudi, octobre 14, 2010

si, la première nouvelle publiée est "Rencontre fortuite à Slyoudianka" et celle qui a obtenu la 1ère place!
ou alors je n'ai pas compris votre commentaire!!!

Écrit par : liz | vendredi, octobre 15, 2010

Les commentaires sont fermés.