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dimanche, octobre 11, 2009

LE PALMARES DU CONCOURS DE NOUVELLES

Belle soirée que celle de ce samedi soir. Belle prestation de Wairi Na Olos et ses combats médiévaux au temps des Fées.

Et Belle brochette de nouvelles ... féeriques.
Voici les gagnants.

Roger Bévand (Grand prix 2009)

Agnès Culat (Prix du Château de Salvert)

Sophie Picard (Troisième prix)

Lucile Robinot (Prix 16/25 ans)

Cécile Alix

Véronique Fauvinet

Lydie Lubac

Anne Linage

Gilles Voland

 

A noter, fait rarissime (mais notation anonyme du jury),

Que Mmes Sophie Picard et Cécile Alix sont nommées deux fois, pour deux textes différents.

ET MAINTENANT LE TEXTE DE M. Roger BEVAND

_______________

LE PAYS QUI N’AVAIT PAS DE NOM

 

II était une fois au royaume de France un roi très bon, très pieux et très instruit, mais fort mal conseillé. En effet, pour son plus grand malheur, ce souverain s'était entouré d'esprits forts qui prétendaient que dans un royaume moderne digne de ce nom, il convenait d'effacer à jamais toutes les croyances anciennes de la tradition, et cela au profit des deux seules vérités qui vaillent, la Science et la Religion. D'ordinaire si rivaux, savants et prêtres s'étaient pour une fois ligués contre un ennemi commun qu'ils avaient baptisé Obscurantisme. « Aucun œil humain n'a jamais pu observer de créature surnaturelle, disaient les scientifiques. Ces histoires de fées ne sont que balivernes pour ignorants et faibles d'esprit ». « Seul Dieu est d'essence surnaturelle, ajoutaient les prêtres. Ces prétendues fées ne sont qu'inventions diaboliques destinées à troubler les bons chrétiens ». Et ils usèrent tant et tant de leur influence que le roi finit par se laisser convaincre : il prit un décret ordonnant qu'à jamais fût banni du royaume de France le Petit Peuple des fées. Et cela se passait en des temps immémoriaux, en des temps si anciens que même la plus vieille des vieilles femmes de mon village -et Dieu sait qu'elle est vieille ! -n'en a plus conservé le moindre souvenir, même par ouï-dire. Remarquez que pour ouï-dire, encore faut-il entendre, et que côté oreille, la pauvre vieille.. .mais là, je m'égare.

La mort dans l'âme, le Petit Peuple des fées dut en conséquence se résoudre à l'exil. Conduit par sa reine, il se réfugia au royaume voisin de Savoie, dans une contrée ignorée de tous, et si pauvre et si humble qu'elle ne possédait même pas de nom. Là, dans un hameau obscur, tentaient de survivre quelques familles de paysans obstinés et durs à la tâche. Ces malheureux manants, qui n'avaient pour tout bien que leurs chaumières bâties de boue et de paille et quelques outils taillés de leur main, s'échinaient tout le jour sous la férule de l'intendant des princes de Bâgé, la grande cité la plus proche. Pourtant, même si la vie était très rude dans ce pays, chaque maisonnée parvenait à peu près bon an mal an, grâce à Dieu et surtout à la sueur des hommes, à remplir son écuelle d'une soupe trop claire et à garnir sa huche d'un pain trop noir. Leur vie, c'était la détresse ordinaire et paisible des gens de peu qui, lorsqu'un rayon de soleil pointe le bout du nez, peut presque ressembler à du bonheur, pour peu qu'on veuille y croire de toutes ses forces.

Ces pauvres gens n'étaient pas seulement courageux, ils étaient aussi fort généreux, comme seuls savent l'être les plus démunis. Aussi, lorsque la reine des fées leur demanda asile, c'est sans hésiter une seconde qu'ils ouvrirent les bras au Petit Peuple et l'accueillirent avec toute la chaleur du monde. On partagea aussitôt la soupe trop claire et le pain trop noir, et la petite troupe de fées, ravie de se voir ainsi offrir l'hospitalité, installa son campement dans les bois voisins. Le premier soir de son arrivée, c'était merveille de voir tout le Petit Peuple danser sous les étoiles pour remercier ses nouveaux amis de la contrée sans nom.

 

Mais l'été suivant -un été d'enfer- la pluie resta aux nuages dans la région et la terre craquelée, crevassée, n'enfanta plus qu'herbe sèche et misère. Les greniers déjà fort dégarnis se vidèrent tout à fait, la disette vint avec la Toussaint et pour la Noël, une épouvantable famine s'invitait dans toutes les maisonnées. Les loups et les ours, tenaillés par la faim, s'aventurèrent même jusque dans les hameaux pour tenter d'y arracher quelque chèvre ou quelque enfant à se mettre sous la dent. Et cette misère noire dura, dura. On eut beau tout essayer, les prières du curé, les cierges à l'église, les processions de rogations dans les champs du châtelain, rien n'y fit : au printemps, la région tout entière se mourait.

C'est alors qu'un soir, sur la place du village, parla la Marie, une vieille charbonnière édentée qui survivait misérablement comme une laie solitaire au fond d'un bois -et que l'on avait quasiment oubliée. On la disait un peu sorcière et comme on avait tout tenté sans succès pour conjurer les malheurs du temps, on consentit à l'écouter.

 

— Je sais d'où nous viennent tous nos maux, siffla-t-elle entre ses dents absentes. Ce sont elles ... II ne fallait pas les accueillir chez nous.

— Mais de qui parles-tu, vieille folle ? lança quelqu'un.

Les fées ...Ce sont les fées. Elles ont décidé de nous affamer.

— Nous affamer? Mais pourquoi feraient-elles cela ? Nous sommes bons avec elles et.. .

— Ce sont des fées maléfiques, elles ont le vice chevillé au corps. Vous auriez dû écouter le curé, il vous avait prévenus : ces créatures sont diaboliques. Vous leur offrez l'hospitalité, et elles vous plantent un poignard dans le dos ! C'est toujours comme ça avec les créatures venues d'ailleurs…

 

Troublé, le conseil du village décida de convoquer la reine des fées pour lui demander de s'expliquer.

— Cette pauvre vieille est tout bonnement jalouse de nos pouvoirs, dit la reine des fées. Nous ne sommes en aucune façon mauvaises, et je vais vous le prouver de manière irréfutable.

 

Puis la reine des fées se saisit de sa baguette magique et demanda : -

— De quoi avez-vous le plus besoin en ce moment ? -

— De nourriture, répondirent en chœur tous les membres du conseil.

— Très bien. Alors, voilà de quoi vous nourrir pour l'éternité. Elle toucha le sol avec sa baguette et comme par enchantement apparut devant la foule ébahie un étrange épi très haut, très charnu, et lourd de longs grains dorés. Personne jamais n'avait vu pareille merveille.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda quelqu'un

— Le maïs. Cette céréale se complaira sur votre terre, elle y croîtra et embellira et désormais, elle vous nourrira pour toujours.

— Et nos enfants aussi?

— Pour vos enfants, vous en ferez une soupe que vous appellerez « gaudes ».

— Et nos porcs pourront-ils s'en nourrir ?

— Oui, bien sûr.
— Et nos poules ?
— Certainement. Grâce au maïs, vos poules seront désormais fort grasses, si grasses même qu'elles apporteront renommée et fortune à toute votre région. Et dorénavant, tout le monde parlera avec envie et émerveillement des poulardes et poulets de ... d'où, au fait ? Comment s'appelle donc votre contrée ?

— Heu... Nous n'avons pas de nom, répondirent-ils en chœur en regardant le bout de leurs sabots, un peu gênés.

— Désormais, vous en aurez un, je vous le donne. Dans la langue des fées, « la Bresse » signifie « la terre de la générosité ». Vous serez donc la Bresse. Tous se regardèrent, stupéfaits. Comment vous remercier pour tant de bonté ? demanda le plus ancien du village.

Vous avez accueilli notre Petit peuple, dit la reine des fées, et c'est à nous de vous rendre grâce. Mais maintenant, il nous faut partir car tôt ou tard, vous oublierez nos bienfaits et vous aussi, vous nous chasserez, comme l'a fait le roi de France. C'est le progrès, comme on dit.

— Nous ne sommes pas des ingrats, nous ne vous oublierons jamais et encore moins vous chasserons, dit une femme.

— Bien sûr que si, répondit la reine des fées. Et si ce n'est vous qui nous chassez, ce sera vos enfants, ou les enfants de vos enfants, mais cela sera. Voilà pourquoi, afin que notre passage parmi vous ne s'efface pas tout à fait dans vos mémoires, vous garderez un autre souvenir de nous.

 

Et c'est depuis ce temps qu'en Bresse, pour entendre le chant et les soupirs des fées les soirs d'automne tout près des fermes, il suffit de tendre l'oreille et d'écouter la mélodie du vent soufflant dans les panouilles.. .

 

 

Commentaires

Très beau texte et très agréable à lire, bravo !

Écrit par : chat gay | lundi, août 09, 2010

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