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dimanche, octobre 14, 2018

GRAND PRIX DE LA NOUVELLE 2018

Voici le texte de la Nouvelle gagnante de notre concours 2018, parmi les 134 textes reçus.
Bravo à vous...

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 Grand Prix du Salon du Livre

Décerné par Monsieur le représentant du Conseil Départemental de l’Ain

  à Monsieur Claude CARRE

 pour sa nouvelle

RÉPARÉ

 Je sais que tu ne dors pas. Je te connais bien.

 Tu fais les cent pas dans ton salon obscur, tu allumes encore une cigarette, tu vides à petites gorgées une canette de bière, tu regardes au-dehors par la grande baie vitrée qui donne sur la nuit, mais tu ne vois rien de très précis, peut-être juste le maigre reflet de ta silhouette, de ton visage tendu, tes yeux enfoncés.

 Il est près de quatre heures du matin mais tu ne dors pas. Tu ne dors plus, c’est fini. Depuis huit ans, tu n’as pas vraiment fermé l’œil. C’est ce qui nous rapproche.

 Sur la berge, je m’agenouille. Il fait nuit, il fait tiède. Je fais un petit tas de mes vêtements, je les enfouis vaguement entre les racines entrelacées d’un arbre fatigué, et je me glisse dans l’eau épaisse du chenal. Je me laisse couler jusqu’à ce que l’air de mes poumons ramène mon corps à la surface ; alors je passe sur le dos, allongé face au ciel sur l’eau noire. Je ne me précipite pas ; il ne faudrait pas, en arrivant, que je sois essoufflé.

 Serein, détaché, je m’éloigne du rivage, à brasses lentes, mesurées. J’ai fait le tri de mes pensées, je n’ai rien en tête à part l’intention précise de chacun de mes gestes, la perception de mes épaules se soulevant alternativement, la volonté de ne faire aucun bruit. En silence, je progresse vers ton île, fluide parmi les fluides, la tête le plus souvent sous l’eau, les bras happant la nuit.

 Tu ne dors pas. Tu m’attends. Tu ne sais pas quand je vais venir, mais tu m’attends. Depuis huit ans. Tout comme j’ai attendu ce moment, moi aussi. Tu sais que lorsque je serai là, tu ne pourras rien faire, tu l’acceptes. C’est pour cette nuit. Je suis là, presque là. Tends l’oreille, écoute bien.

 Tu écrases ta cigarette contre le couvercle de la canette vide et tu restes un moment ballant, avec le métal broyé entre les doigts, à ne pas savoir quoi faire de toi. Te recoucher ou rester là, debout, inutile, jusqu’à l’aube… Allumer une autre cigarette, décapsuler une nouvelle canette, la boire sans besoin, sans envie. Cultiver ta peur.

Parfois, dans l’eau, les doigts tièdes de quelques laminaires s’enroulent mollement autour de mes jambes. Parfois le dos d’anonymes poissons viennent me frôler le ventre. Je ne crains pas les fonds, ce qui s’y cache, ce qui y vit. Ceux qui, peut-être, d’en bas, me voient passer, ombre filante à leur ciel plombé, peuvent me prendre pour l’un des leurs, mes longues nageoires pâles, dépourvues d’écailles.

 L’île est à ma portée, une centaine de brassées bien coulées aura raison de ce qui nous sépare. Je nage vers toi. Depuis huit ans. Depuis que tu as cru mettre toute cette distance entre nous, entre le monde et toi. Mais je t’ai retrouvé. Là, sur cet écueil de terre entouré d’eau, à l’abri de tout, as-tu pensé, un jour où l’erreur t’avait égaré. J’allonge mes gestes. Plus qu’une trentaine de mètres. J’ai laissé derrière moi tout ce qui pouvait m’encombrer, nuire à mon discernement : j’ai déposé la haine, relâché ma tension, soufflé les bougies du regret. Je suis concentré sur nos retrouvailles. Ça va danser. Tu es prêt ?

 Avant de prendre pied sur ton rivage, je reste à distance, je laisse mes yeux explorer la lande grise. La plupart des gardes affectés à ta sécurité sont positionnés de l’autre côté de l’île, en alerte près de l’embarcadère, leurs jumelles braquées vers le large. Là d’où viendra le danger, pensent-ils. Parfois on pense mal. Des gardes, parce que rien n’est trop coûteux pour protéger l’homme de pouvoir, tellement sûr de son impunité. Quoi qu’il ait commis. De ce côté-ci, je n’aperçois qu’un policier en faction sous la façade pâle de ta villa. En faction, c’est beaucoup dire : à peine une silhouette avachie, somnolente contre un muret, la tête penchée, son fusil en travers des genoux.

 Je préfère ça, que ce soit un garde plutôt qu’un chien. Je n’aurais pas supporté de devoir tuer un chien. Tout en sortant de l’eau, fantôme ruisselant, je glisse mon arme luisante hors de l’étui sanglé autour de ma cuisse. Je m’approche, le garde ne se réveille pas. Quand je porte mon attaque, il n’a pas le temps de réagir. Aucun râle ne s’échappe de sa gorge ; il n’a plus de gorge.

 Tout le mal que tu as fait, tout le mal qu’à cause de toi on commet en retour ! Mais c’est fini ; bientôt tout le poison que tu répandais mourra avec toi. Si seulement tu t’étais comporté correctement. Si encore tu avais eu la sagesse, après la première fois, de regretter ton geste, de te répugner toi-même, de te rouler par terre en vomissant, recouvert de cette boue grasse et puante pour hurler jusqu’au ciel des litanies d’excuses. Mais non, tu as recommencé. Avec elle, ma sœur, trop petite, trop fragile, confite dans sa honte et sa douleur.

 J’ai mis des années à te retrouver. Chasseur inlassable, n’acceptant pas l’idée que ta faute reste impunie. J’ai tout étudié, tout observé ; sur tout le continent je t’ai traqué. J’ai su comment tu t’étais protégé, comment tu pensais que personne ne te retrouverait jamais. Personne, peut-être, mais pas moi. Je suis le retrouveur, le têtu, l’opiniâtre. Je m’approche à pas de loups de ta tanière, je suis le loup. Rien ne m’arrête. La preuve.

Par une porte dérobée à la nuit, dont la serrure s’abandonne à ma lame, je pénètre dans la maison. Elle gît dans son silence. Il fait doux. Sans me donner la peine de monter jusqu’aux chambres où je sais que tu n’es pas, j’enchaîne deux couloirs qui font angle avant d’être conduit à la grande pièce aux baie vitrées, celle que tu ne quittes plus. Comme attendu, tu me tournes le dos, plaqué à la grande baie obscure. Tu ne m’as pas entendu arriver, tu me déçois un peu. Tu n’auras pas le loisir de me blesser avec la pointe, déchiquetée, de ta canette broyée.

 Soudain, tu me sens, ta volte-face est instantanée. Tu as alors un réflexe étrange, un geste de la main, un peu agacé, décalé, inutile ; tu sembles chasser quelque chose dans l’air, comme si tu voulais dissoudre un rêve. Tu t’es tellement attendu à ce moment, tu avais si bien imaginé la scène que tu te demandes un instant, alors que cette fois la réalité te rattrape, si je suis bien réel. Un moment de flou qui t’est fatal.

 Je suis sur toi. Je te transperce, une fois, plusieurs fois, je ne sais pas, je ne me rends plus compte. Je n’aime pas ce que je te fais. Jamais je ne me serais prêté à ce jeu si tu n’avais pas franchi l‘infranchissable. Ce que tu as fait à ma sœur. Tout ce temps. Et qu’elle m’a appris, des années plus tard.

 Lorsque c’est fait, je ressors. Je te laisse à toi-même, souvenir de ce que tu fus, ton corps médiocre, ta vie gâchée, écartelés sans grâce sur le carrelage souillé. Tu n’es plus rien. De ma lame, que mon bras laisse pendre vers le sol, les gouttes s’écoulent et tracent leur message dans un alphabet sombre qui raconte le poème de ta fin. Plus loin, accueilli par la nuit étouffante et lourde, je respire un grand coup, la tête levée vers d’invisibles étoiles. Je prends la plus large inspiration possible, trop large. Je tousse, j’ai avalé un nuage. Je repasse devant le garde qui rêve encore, qui rêvera toujours et je retourne à l’eau, laissant la mer me rincer peu à peu. Je laisse le sel me purifier. Plus loin, au milieu du chenal, je laisserai tomber le couteau au fond, là où la vase et les algues entrelacées, huit mètres plus bas, le dissimuleront.

 Je repars vers la côte, rebroussant mon chemin de mer. Sans me retourner, presque jusqu’au bout. À quelques longueurs du rivage, cependant, je sors la tête de l’eau et me retourne une dernière fois vers ton île, au moment où le plafond des nuages se craquelle sous les assauts du jour naissant. Je me tourne vers ta villa, là-bas, que je ne distingue déjà plus, perdue dans ses arbres, occultée par ces nappes de brume que l’océan, au matin, délivre.

 De ce côté-là, au loin, rien n’a bougé. Pas de faisceaux de lumières, pas de sirènes, tout est silencieux ; personne ne s’est rendu compte de rien. À commencer par toi. Cela s’animera plus tard : des pas et des cris autour de corps étendus, inertes. Je serai loin. Je prends encore un moment pour inscrire dans mes rétines le paysage calme de ton refuge, ton île, ces dernières images que j’emporterai et dont je me délesterai à ma guise. Enfin soulagé, prêt à revivre.

Je savais que je te retrouverai. J’aurais pu y consacrer toute ma vie, cela ne m’aura pris que huit ans. Huit ans pour effacer l’injure faite à ma sœur. Même si je sais que personne n’y a vraiment gagné, j’ai tenu ma promesse, j’ai abandonné ta carcasse détruite sur le carrelage froid de ton salon. Toi qui pensais que ton rang te rendait intouchable, te mettais au-dessus des lois. Je t’ai touché au cœur, je ne t’ai laissé aucune chance, comme toi-même tu ne lui en avais pas laissée.

 Ton corps à son tour sacrifié. Face contre terre, Papa.

 

EN ROUTE, MAUVAISE TROUPE

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ATTIGNAT VIENT D'OUVRIR SES PORTES

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samedi, octobre 13, 2018

UU PEU DE DETENTE APRES LA PREPARATION DE LA SALLE

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vendredi, octobre 12, 2018

IMPORTANT IMPORTANT IMPORTANT IMPORTANT

IMPORTANT :
AUX AUTEURES ET AUTEURS
qui viennent à ATTIGNAT ce dimanche :
Nous pouvons fournir de la nappe (au mètre), en papier qui se déchire assez facilement malheureusement.
DONC, Si vous avez des nappes perso que vous utilisez ailleurs dans d'autres salons, qui sont en quelque sorte votre "logo", vous pouvez les apporter...

On vous les rendra en fin de journée... ou pas...
Non, là, c'est la fatigue qui intervient dans le débat.

Idem, quand vous arrivez, ne tardez pas à récupérer votre ticket pour le déjeuner (si vous avez réservé, évidemment).

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 A dimanche donc.

jeudi, octobre 11, 2018

Concours de Nouvelles du Salon 2018

CONCOURS DE NOUVELLES
d'ATTIGNAT EN LIVRES :

Résultats des courses Dimanche 14 pendant le Salon, sur le coup des 11 heures 30.
Nous, on sait, évidemment...
Mais même sous la torture, on ne dénoncera pas les 5 lauréats (sur 134 textes reçus)
MÊME SOUS LA PLUS IGNOBLE DES TORTURES ..
.
Mais,
avec un chèque et beaucoup de zéros, ou une valise pleine de grosses coupures.....

EH BEN, MÊME PAS ! ! !

La nouvelle arrivée en tête se trouvera sur le site et ici même aux alentours de midi dimanche 14.
Et dans le prochain magazine Télé Zapping
Qu'on se le dise.

lundi, octobre 08, 2018

A DEGUSTER SANS MODERATION

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samedi, octobre 06, 2018

TROMBINOSCOPE 2018

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LA LIBRAIRIE DU THEÂTRE

Le Salon fonctionne en partie avec des partenaires ou des mécènes, qui croient en la littérature sous toutes ses formes.

La Librairie du Théâtre, de Bourg en Bresse, en fait partie.

Chaque année, Lydie Zannini et sa fille, entourées de leur équipe, nous font découvrir des auteurs connus nationalement, voire internationalement.

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lundi, octobre 01, 2018

CO'THE CAFE

Le Salon fonctionne en partie avec des mécènes, qui croient en la littérature sous toutes ses formes.
Ainsi, "Co'Thé Café", de Bourg en Bresse, sera là pour vous régaler de son remarquable café que Guillemette Quenaud et sa maman vont elles-mêmes tester dans des entreprises et coopératives équitables de par le monde, où les producteurs ne sont pas pris pour de vulgaires fournisseurs qu'on peut "étrangler" à souhait.

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Voir l'album qui lui est consacré