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vendredi, octobre 17, 2008

REVELATION , Prix du Château de Salvert 2008

Voici la nouvelle de Claire Griot, classée seconde à notre concours de nouvelles 2008:

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Révélation

Je marchais d'un pas soutenu, la tête ailleurs, l'esprit en vadrouille, lorsque je m'avisai de me retourner pour m'assurer que mes compagnons de promenade me suivaient toujours. Personne. Où étaient-ils passés ? Ils étaient trois, bavardaient parfois en marchant mais de façon sporadique ce qui fait que je n'étais pas autrement étonnée de ne plus entendre leur babil, facilement recouvert par toute sorte d'autres bruits.

Personne. Où avaient-ils bifurqué ? Pourquoi ne m'avaient-ils pas appelée ? Ils savaient bien que je ne connaissais absolument pas la région, et d'ailleurs ils avaient laissé, à ma demande, dans mon paquetage une carte détaillée de la promenade : j'aime bien savoir où je suis. Je fis quelques pas en arrière, jusqu'à trouver un embranchement sur la gauche : était-ce par là qu'ils avaient décidé de poursuivre ? Je m'engageai sur ce nouveau chemin, qui tournait à angle droit au bout de cent mètres : de quoi ne pas les apercevoir s'ils avaient pris de ce côté. J'hésitai : si je continuais sur cette voie, ils m'apparaîtraient bientôt mais s'ils étaient restés sur le chemin commun, j'avais peu de chance de rattraper mon retard. Comment ne les aurais-je pas vu me dépasser ? Etais je à ce point distraite ? Je ne pouvais exclure une farce. Et cela me rassurait un peu. De toutes façons je n'avais aucun sujet de crainte. Du bleu délavé du ciel tombaient une lumière et une chaleur qui me convenaient : j'aime l'été sur sa fin, quand la flore exhale ses derniers parfums, que l'air est devenu respirable, et les températures clémentes. C'est, dans mon pays de montagne, le plus beau moment.

Car tout était dans ce changement. La Dombes ! Dieu sait si l'on m'en avait parlé depuis deux ans ! On m'avait montré les étangs, les « thous », les labours, les chemins bordés de saules. Je suivais ces leçons avec patience mais sans conviction. Il me manquait toujours, au bout d'un moment, un relief, une colline, un sommet. La plate étendue des étangs ne pouvait se comparer pour moi à la diversité des paysages du Bugey. J'y avais fait mes premières sorties d'enfant, j'y avais pris le goût de la randonnée, la difficulté de la montée trouvant sa justification dans le plaisir des cimes ou celui de la redescente.

J'étais donc seule.. .Pas de téléphone mobile : c'était bien la première fois que je partais sans lui. Mais comment imaginer que l'on puisse se perdre dans une innocente promenade ?

Pourquoi m'avoir abandonnée ? Ils en avaient peut-être assez de m'entendre dénigrer leur Dombes...Il est vrai que je la connaissais mal; et même pas du tout. J'étais de l'autre côté de la rivière, moi, de la partie montagneuse du département. Mon horizon c’étaient les reliefs, des sommets à 600, 800 mètres que nous explorions en famille le dimanche, ou, un peu plus à l'Est, les derniers sommets du Jura. Notre univers s'arrêtait à la Côtière ; peut-être bien que nous n'avions jamais poussé notre curiosité au-delà... Si pourtant. Je me souviens encore comme si c'était hier, d'une fameuse expédition aux champignons. J'avais huit ou neuf ans. Partis tôt un matin avec nos paniers, nous trouvâmes un brouillard très épais qui étalait son filet de notre ville aux rives de l'Ain, puis reprenait sur le plateau. Il en fallait plus pour nous décourager, mon père avait l'habitude de conduire par tous les temps. Assez vite nous avions trouvé, dans les prés où paissaient des bovins, de quoi rapporter une belle provision de mousserons. De temps à autre nous distinguions une forme dans le brouillard et entendions les bêtes arracher l'herbe encore pleine de rosée. Quelques vaches nous regardèrent, sans cesser de manger. Nous revenions tranquillement vers l'entrée du pré lorsqu'un bruit croissant nous alerta. Il s'agissait d'un taureau, dérangé dans son repas et passablement susceptible, et qui malgré la nappe de coton qui cachait tout, savait nous repérer et se destinait à nous chasser de son territoire. Un martèlement sourd précédait un petit nuage de vapeur sortant des naseaux ...Plus questions d'attendre. Abandonnant nos paniers et nos récoltes, il nous fallut déguerpir au plus vite. Comment avons-nous trouvé la sortie ? Comment ai-je franchi la barrière ? Je ne sais. Je suivais mon père de très près, et il a dû me soulever dans les airs... enfin l'instinct de survie nous permit de sortir du pré juste avant que n'apparaisse, dans toute sa force et sa fureur, la masse impressionnante de l'animal.. . Le coeur battant, je pleurais mon petit panier neuf, rempli de tendres agarics ; ce fut là le seul souvenir précis d'une sortie en Dombes.

On comprendra dans ces conditions que je n'eusse que des préventions contre cette région. J'avais la vive impression que, la côtière franchie, on entrait dans un autre monde. Habituée au Rhône et à ses bouillonnements, je n'avais jamais vu la Saône. Les vastes étendues d'étangs étaient pour moi terra incognita. J'aimais un horizon de forêts, de vallons en prairies et de vignes en pente. Ici l'horizon était le premier buisson venu, la première roselière.

Il faut ajouter que, comme pour chacun, le peu d'histoire que je connaissais à propos de ce « quatrième pays » du département, fortement structuré par son unité géologique, m'avait essentiellement légué des images négatives ; l'intolérance religieuse, la férocité des massacres et des razzias se superposaient à un monde déjà fragile, fait de misère, de malnutrition autant que de « fièvre des marais ». Il n'en restait pas grand chose aujourd'hui, je l'accorde, mais quelques détails supplémentaires n'étaient pas sans renforcer mon état d'esprit sur ces chemins interminablement plats : les châteaux, dont on apercevait parfois les tours rousses ne pouvaient jamais se visiter : les propriétaires, soit récents soit légataires de vieille souche, gardaient là leurs privilèges de riches. Il nous était même arrivé de trouver sur notre chemin indiqué sur les papiers officiels de tourisme, le sentier interdit au passage, une triple rangée de barbelés signifiant bien au manant d'aller se faire voir ...ailleurs... En bref, je ne voyais pas quel intérêt avait une randonnée à pied dans ces paysages, dont les abords étaient difficiles. Pour avoir le privilège de voir de près faune et flore, il fallait s'approcher sans bruit de l'eau pour imaginer quelque trace de vie : bulles remontant des lourdes carpes, hérons hiératiques, grenouilles plongeant brusquement à notre approche...

Je commençais à trouver un peu saumâtre cette aventure où l'on m'abandonnait délibérément comme pour me donner une « leçon ». Mais j'avais des ressources ; je sortis le plan du sac. Il ne devait pas être trop difficile de m'y retrouver. Voyons : là sur ma gauche je venais de longer un vaste étang : impossible de le situer sur le plan ! A droite, un labour tout frais encore trahissait une culture intensive : rien de tel sur la carte, au contraire un petit lac coloré en bleu dessinait un étang... De quelle année datait cette carte ? Car j'avais entendu parler, ne fût-ce qu'à l'école, de l'assolement triennal. Il suffisait donc d'avoir une carte de plus de trois ans pour qu'elle fût périmée. C'était mon cas. En outre, comme j'avais marché jusque là sans me préoccuper de l'itinéraire, soucieuse davantage de ne pas mettre mes pieds dans les flaques d'eau qui émaillaient le chemin d'argile, je n'avais plus de repère. Je décidai donc, d'abord de refouler mes larmes : larmes de colère plus que de peur, ensuite de tenter de marcher le plus droit possible : j'arriverais bien à une route ou à une ferme. Enfin, de prendre mon parti de cette mésaventure et d'en faire une découverte : le ciel sans nuage apportait une chaleur clémente qui m'éviterait en tout état de cause les morsures du froid. Je mis en oeuvre ces résolutions, mais c'était sans compter avec ma fatigue. Celle-ci m'envahit en même temps que le découragement. Il était maintenant près de vingt heures, et j'avais un petit creux. En l'absence totale de modification des signes capables de me sortir de là, je me fis la réflexion qu'il me faudrait peut-être y passer la nuit.

Mon sac avait été rempli par mes soins de vêtements chauds -habitude des écarts de température que toute promenade en montagne nous réservait-, et de nourriture roborative que je grignotais parfois en chemin ou sous le coup d'une de ces fatigues subites et profondes que ma maladie m'avait habituée à gérer. Enfin j'avais une confortable provision d'eau sous la forme d'une petite bouteille en plastique à laquelle je n'avais pas encore touché, et d'un petit thermos d'eau chaude, apte à devenir en un clin d'oeil café, thé, ou tisane.

Je me décidai finalement à ne pas poursuivre l'escapade, j'espérais un peu qu'elle causerait autant de souci à mes compagnons qu'à moi-même et j'y trouvais une petite vengeance. Ils feraient peut-être le chemin pour me chercher mais rien n'était sûr et, dans l'état d'esprit où j'étais parvenue alors, je n'aurais pas voulu qu'ils me retrouvassent. Je cherchai donc un endroit confortable pour y passer la nuit et, en contrebas de la chaussée, je trouvai un lit d'herbe, près d'un thou. Celui-ci me servit de table et de chaise à la fois. Une fine brume blanche s'appesantissait sur les bas-côtés, me plaçant comme dans un bateau dont la coque me serait à peine visible. Les chants des quelques oiseaux retardataires firent place à d'autres sons, plongeons, sauts, glissement d'un plumage sur les eaux. J'étais si sensible à tous ces bruits, à peine des frémissements, que je me fatiguai vite et, une dernière gorgée de tisane avalée, je passai outre ma colère et m'endormis profondément.

Je ne puis dire que cette nuit fut bonne : les mille insectes volants de la journée (j'avais, par chance, évité les moustiques) étaient remplacés par de petites bestioles rampantes, sautantes, qui ne facilitaient pas un sommeil déjà compromis par ma position tordue sur le sol. Mais jamais le froid n'en fut pas la cause et je me félicitai d'avoir emporté le nécessaire.

Enfin l'aurore succéda à l'aube, je le sentais à la densité du brouillard qui avait remplacé les filets légers de la veille. J'ouvris les yeux pour assister à un spectacle si prodigieux que je me crus encore en rêve. Du fond de mon lit improvisé je ne voyais que du blanc, un blanc cotonneux d'où sortaient, noires contre tout ce blanc, les têtes des roseaux. Peu à peu les formes des saules repoussaient celles des roseaux, l'épaisseur du brouillard diminua sensiblement et j'entendis le premier bruit du jour : l'envol d'un héron gris, certainement sorti de son habitacle très proche de moi pour aller chercher de quoi nourrir la maisonnée. Deux plongeons lui succédèrent, que je ne pus identifier, puis un ensemble de cris d'oiseaux, plus feutrés cependant, dont je me régalai. Je vins à penser que, contrairement à la veille où mon installation avait dû les troubler, mon silence et mon immobilité absolue leur permettaient maintenant de m'ignorer. Ils retissaient, comme tous les matins, une toile sonore de cris différents, d'appels, de réponses, et de mouvements aquatiques. Je ne bougeai pas encore : ce réveil en pleine nature était délicieux. Le brouillard reculait peu à peu mais l'ensemble du tableau restait en noir et blanc. Une grenouille poussa un « coa » bien ensommeillé, auquel comme un écho, succéda une réponse à l'autre bout de la pièce d'eau. Car j'étais au bord d'un étang, dont le thou portait témoignage, mais dont j'ignorais l'étendue. Je me levai lentement, en décomposant les mouvements au maximum pour ne rien troubler, et bientôt m'apparut un autre spectacle. La brume qui s'accrochait encore aux branches des saules ne laissait que quelques rubans sur l'eau mais de telle sorte que chaque herbe, roseau ou laiche, nénuphar ou lentille d'eau, en gardait une trace brillante, une pointe de diamant. Tout à coup tout cela s'embrasa : les premiers rayons du soleil firent flamber les reliefs de la brume, tout un réseau de fils d'or et d'argent se révéla, les rumeurs animales s'enflèrent et j'eus la vive émotion de voir comme si j'étais entrée dans un théâtre fait pour moi seule, le décor évoluer, passant du brillant au mat, des gris aux roses et surtout du glauque au bleu. Oui, j'avais devant moi une eau bleue, comme je n'en avais jamais vu dans un étang. La vase, les vaguelettes du vent, la faune et la flore, interdisaient souvent l'azur. Ce matin-là, ni vent ni vague, la pureté absolue de l'eau semblait fantastique en comparaison de la vie qui s'y manifestait bruyamment. Oui, j'étais émue, et de nouveau je ne bougeai plus. En m'approchant du bord, ce furent d'autres plaisirs. Tout remuait, mais d'une vie secrète, entre deux eaux. Une lèvre ronde osa franchir ces frontières, pour aspirer l'air du matin : une tanche ? une carpe ? Je m'y connaissais trop peu en poissons pour donner un nom. Et puis cela m'intéressait moins que de deviner à quel endroit les deux grenouilles avaient plongé en même temps, laissant des ronds derrière leurs longues pattes. Les herbes du bord remuaient d'on ne sait quelle vie sous-marine, qui laissait deviner un univers de plantes immergées, plutôt blanches, et dont l'image incertaine créait un mystère de plus. Soudain j'aperçus une fourrure se glisser au ras de l'eau : un rat ? les poils étaient très longs. Une loutre ? Je n'en avais vu qu'en images ... Peut-être un rat musqué, dont j'avais entendu prononcer le nom ...Il ne m'avait ni vue ni sentie : j'étais une statue de sel. Il avançait le museau hors de l'eau, comme ignorant des habitants de ce bord : d'autres proies peut-être ?

Le temps passa.. . Une demi-heure ? Davantage ? je ne sais. Un éclair blanc immaculé me sortit de ma léthargie : une aigrette venait poser ses pattes frêles à deux pas de moi, comme si elle m'ignorait. Je me mis à frissonner. Je rangeai mes habits, dont je gardai une bonne partie sur moi, car la chaleur du soleil était encore bien faible devant l'humidité laissée par le brouillard. ...Il fallait maintenant que je trouve de quoi me sustenter, les miettes de petits gâteaux secs ne me permettant pas d'espérer tenir longtemps. Il me sembla, après une heure de marche environ, entendre le moteur d'une quatre-quatre. La voiture se rapprocha en effet. On me demanda si l'on pouvait m'emmener, j'acceptai et retrouvai à la maison mon compagnon très agité. -Mais d'où viens-tu ?

Le récit de mon infortune fut rapide.

- Mais je croyais que tu étais avec J et M...

- Absolument pas ; je ne vous ai pas vus, j'ai marché en croyant que vous me faisiez une farce...

Bref, un malentendu. Mais j'avouai que j'avais désormais de ce plat pays une autre image... Cette nuit dehors m'avait tant émue que je commençais à prendre la mesure de la beauté des Dombes. Pour moi il y avait en effet désormais deux Dombes : celle d'avant mon épreuve initiatique, et celle d'après.

Aussi ai-je toujours gardé le pluriel même quand on me corrige.

 

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jeudi, octobre 16, 2008

LIBRAIRIE DU SALON

Le Salon du Livre des Pays de l'Ain, c'est aussi un certain nombre de LIVRETS littéraires que nous proposons à la vente quand se tient le Salon, et quand quelques-uns de nos auteurs amis vont en dédicaces dans d'autres salons, et qu'ils veulent bien en prendre en charge.

Mais, comme nous avons quelques bonnes choses en stock, on nous a demandé s'il serait possible de commander directement.

Alors, nous mettons en ligne quelques livrets dont les bénéfices serviront à améliorer encore la tenue des prochains salons.

Ces livrets sont dans l'album LIBRAIRIE DU SALON. Les prix de chacun sont indiqués (PETITE PARTICIPATION AU PORT COMPRISE). Pour commander, un simple courrier indiquant ce que vous voulez recevoir (n'oubliez pas vos coordonnées!), un chèque qui accompagne le dit courrier(à l'ordre de "salon du livre, sou des ecoles"), envoyé à "Salon du Livre d'Attignat, chez R. Ferraris, 309 C Chemin du Château de Crangeat, 01340 ATTIGNAT". Livraison dans la semaine qui suit.

Bonne lecture.

15:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

MERCI !

Merci !

Merci aux auteurs qui ont eu raison de braver "la crise économique" pour venir à Attignat.

Merci aux visiteurs qui ont répondu "présent" en ce dimanche 12 octobre, malgré le soleil, malgré les nombreuses activités alentouirs (Marché des produits régionaux, championnat du monde de cyclo-cross, foire de Pnt-de-Vaux, Grande Margot de Ceyzeriat...).

Peut-être un peu moins de passage (environ 2500 visiteurs), mais PLUS d'acheteurs. Très nombreux furent ceux qui repartirent avec un ou plusieurs livres. Il faut dire que la qualité était au rendez-vous.

Des auteurs et éditeurs satisfaits de la journée. Telle cette auteure venue avec une quinzaine d'exemplaires de son ouvrage, "parce quailleurs, j'en vends seulement trois ou quatre dans la journée" : elle s'est retrouvée "bredouille" en milieu d'après-midi . "Je reviendrai l'an prochain, promis".

Merci enfin aux bénévoles qui ont guidé, abreuvé, nourri les invités, installé et désinstallé la salle. Ils étaient encore là à 23 heures pour finir de démonter le chapiteau, "sinon la rosée s'en mêle, et il faut attendre que ça sèche, et comme on est un pays à brouillard...".

Dans les jours qui viennent, seront mises en ligne dans un album "Photos du Salon 2008", les clichés de la journée, ainsi que les notes du "Livre d'or", et les textes des nouvelles sélectionnées à notre concours. Pour l'an^prochain, le thème en sera : "L'imaginaire régional et les Fées". A vos plumes, règlement bientôt en ligne.

Revenez souvent sur le site.

Merci, et à l'année prochaine.

09:09 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

lundi, octobre 13, 2008

SAMEDI SOIR 11 OCTOBRE...

Ils furent plus de 150 !

150 à braver le temps.... ? ... Non, pas à braver la pluie le vent ou le verglas ! Il faisait doux et la soirée était agréable.

MAIS ILS FURENT QUAND MEME 150 à venir à notre soirée "Nouvelles d'Automne".

ET ILS EURENT RAISON, les bougres !!!!

L'équipe de Bernard nous avait concocté un programme de qualité, de haut vol, mêlant musiques et lectures pour le plus grand bonheur de tous. Emotions, frissons, rires se partagèrent le flot du temps.

Les lauréats de notre concours de Nouvelles aussi étaient là, heureux d'avoir été élus par le jury. Monsieur le Maire de la commune, ainsi que Monsieur le Conceiller Génaral et vice président du Conseil Général étaient venus remettre les prix.

POUR LES RETARDATAIRES, IL Y A UNE SECONDE CHANCE, le 25 octobre à Bourg en Bresse (salle de la Citadelle), avec quelques-uns de stextes entendus, plus d'autres. Alors, on ne pleure pas, on se renseigne, et on y va !

POUR CEUX QUI SONT PRIS LE 25 octobre, ou qui ne peuvent pas se déplacer pour moult raisons valable, il y a un recueil qui rassemble les textes dits, lus, cha,tés, dansés... Pour 4 malheureux euros, il est à vous (ferraris.robert@wanadoo.fr pour toute commande livrable par retour).

Idem pour le recueil des 11 nouvelles récompensées à Attignat (là, c'est 5€, parce qu'il est plus grand et plus épais !).

ET POUR CEUX QUI VEULENT SE MARRER OU CONNAÎTRE BERNARD CHÂTELET, initiateur de la soirée, son livre: "UA FIL D'EMOIS" est en vente dans toutes les bonnes librairies, ou chez MUTINE, 34 rue des Vernottes, 21110 Cessey-sur-Tille (www.editions-mutine.com

ET MAINTENANT, LE PALMARES DU CONCOURS :

Grand Prix 2008 du Salon du livre des Pays de l’Ain

 

Danielle Maignal Jullien

 

     DANS  LA  LUMIERE  DE  VAN  GOGH

 

Prix du Château de Salvert, décerné par M. le Maire d’ATTIGNAT

 

Claire Griot

 

     REVELATION

 

Troisième prix

 

Karine Raczak

 

     RETOUR AUX SOURCES

 

Prix  « 16-25 ans » du Crédit Agricole Centre-Est

 

Julien Paolini

 

     LE SANG DES CANARDS

 

Quatrième prix

 

Genevieve Cornu

 

     LA GROTTE FUMEUSE

 

Cinquième prix

 

Agnes Culat

 

     LA DISPARUE DE NOTRE-DAME DE LA ROCHE

 

Sixième prix

 

Anna Raapoto

 

     LA SOUPE A LA SALADE VERTE ET AU CRESSON

 

Septième prix

 

Bernard Châtelet

 

     ETUDE ETHOLOGIQUE DU DEPLACEMENT DES VIEUX MÂLES EN MILIEU URBAIN.

 

Huitième prix

 

Claude Secondi

 

     LE DROMADAIRE ET LE PETIT CHIEN

 

Neuvième prix

 

Corinne Chaumont Kirsch

 

     ODILON ET LE SECRET DE L'ETANG MOSELLAN

 

Dixième prix

 

Christiane Dumoulin

 

     CE QUI MANQUE

 

samedi, octobre 11, 2008

DAND LA LUMIERE DE VAN GOGH

Comme promis, voici le texte de Madame Danielle Maignal Jullien, qui a fait l'unanimité du jury.

Bravo à la gagnante.

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                        DANS  LA  LUMIERE  DE  VAN  GOGH 

        

 

Le sable de l’arène tourbillonnait, torturé par les rafales glaciales du Mistral. Les arènes d’Arles ! Tout un symbole qui  rattache les Arlésiens à l’antiquité. Pôle d’attraction des touristes en mal de passé glorieux et lieu privilégié des fêtes provençales, elles trônent au centre de l’ancienne ville qui s’enroule amoureusement autour d’elles.

 

         Yette, assise, seule, sur les gradins de pierre blonde, essayait de faire de son corps menu un rempart contre le vent enragé. Elle aimait se retrouver dans le vaste cirque construit au I° siècle et qui faisait la nique, car un peu plus vaste,  à celui de Nîmes. Cela c’était pour les touristes ! Le soleil jouait avec les ombres, le Mistral hululait dans les arcades. Dans cet espace clos, elle ravivait ses souvenirs.

 

                   Jan venait du froid. C’était un homme du Nord, du grand Nord pour Yette. La Suède ! Son désir était de retrouver la lumière de Van Gogh et de la fixer sur la toile après l’avoir faite sienne. Cela c’est ce qu’il disait. Sans attache familiale, il avait vendu son entreprise et décidé de se fixer dans l’antique Arelate. Une maîtrise incertaine du français l’avait amené à chercher un guide pour découvrir, avant de s’y installer, la ville.

 

         C’est ainsi que Yette avait fait sa connaissance, par l’intermédiaire d’un camarade du conservatoire. Elle étudiait l’art lyrique. Sa passion, sa vie. Elle avait un peu hésité, servir de guide à un « nordique » ne lui paraissait pas très exaltant. Mais elle ne répugnait pas à gagner un peu d’argent et sa prestation devait être rémunérée. Et puis, comme le lui avait rappelé son ami Michel elle parlait couramment anglais et cela serait certainement un avantage.

 

         Convaincue que l’expérience pouvait être intéressante, libre puisque c’était les vacances, elle avait appelé  son mystérieux employeur. Il logeait dans l’un des hôtels les plus luxueux de la ville, et elle voulait que le premier contact soit le meilleur possible. Donc, prendre rendez-vous. Elle fut conquise par la voix qui lui répondit. Une voix profonde et grave dont l’accent un peu chantant fit tomber ses dernières appréhensions. C’est vrai que son français était surprenant, mais l’anglais aidant, cela se passerait certainement sans problème majeur.

        

         L’imagination de la jeune fille s’enflamma. A quoi pouvait donc ressembler ce fils de viking ? Etait-il jeune ? Vieux ? Les renseignements vagues donnés par Michel laissaient tout de même à penser que c’était un homme d’âge mûr. Elle éclata de rire. Mûr ? Comme les tomates au cœur de l’été ? C’était une expression ridicule. Ce mystère, qui dans quelques heures serait dévoilé, n’était pas pour lui déplaire. Rêveuse, elle porta, sur la place du Forum sur laquelle s’ouvraient ses fenêtres, un regard nouveau. A force d’y vivre elle avait perdu de vue la beauté de cette petite place aux arbres centenaires, close de belles et vieilles maisons aux grilles en fer forgé. Une statue du père de Calendal, Frédéric Mistral, y était érigée et les gardians, le 1° mai venaient saluer le chantre de la Provence.

 

         Le rendez-vous était fixé à quatorze heures. Avec une précision de métronome - la musique, n’est ce pas ! -  elle franchit la majestueuse entrée du palace. Ancien couvent, fleuron de luxe de l’hôtellerie arlésienne, elle se sentit un peu intimidée. Elle respira un grand coup, demanda le bar, et repéra « son » suédois. Il était seul, ce n’était donc pas très difficile. La voyant un peu hésitante, il se leva, fit quelques pas en sa direction.

 

         Ce qu’elle remarqua, tout de suite, ce furent ses mains. De magnifiques mains qui à elles seules dévoilaient sa personnalité : force, douceur, sensualité. Et ses yeux ! Des yeux bleus où dansaient la vie, la malice, mais empreints de profondeur. Ses cheveux argentés paraissaient une auréole, accentuée par un teint bronzé. Il n’était pas très grand, mais se mouvait avec élégance et fluidité.

        

         Michel avait bien résumé en quoi consistait la tache de Yette. Jan, puisqu’il lui demanda immédiatement de l’appeler Jan, voulait visiter « à fond » la ville, pour la connaître, et au final choisir un endroit pour y vivre. Ils décidèrent donc de se retrouver le lendemain matin à neuf heures, même endroit, pour organiser leur exploration. Lorsqu’elle le quitta, Yette fut surprise par la légèreté de l’air. La ville, sa ville, celle qu’elle aimait mais dont elle ne faisait plus grand cas, lui apparut tout autre. Elle semblait plus belle et porteuse d’espoir.

 

         Il avait manifesté le désir de commencer la visite par un hommage au Rhône, le fleuve nourricier. Sans lui la ville d’Arles n’aurait pas existé. Par les rues étroites bordées de maison de caractère, dont beaucoup dataient du XVII°, ils accordèrent leurs pas. La chaleur estivale commençait à peser sur la ville. Une légère brume estompait le contour des méandres. Quelques péniches chargées de fret jouaient modestement au « Bateau Fantôme. » Quelques-unes, louées par des vacanciers,  blotties contre les berges, s’éveillaient. Un chien aboya. Accoudés, au parapet du pont de Trinquetaille ils offraient leurs visages au souffle léger du vent. Le Rhône, fleuve - roi du Midi qui charrie de tumultueuses eaux vers la Méditerranée, exhalait son odeur caractéristique. Indéfinissable. A partir d’Arles le fleuve étreint la Camargue, chaude et humide comme une femme abandonnée au moment de l’amour, de ses deux bras puissants. Il impose sa force vive et encore indomptée à cette région offerte et langoureuse.

 

         Jan était d’un enthousiasme juvénile. Le soleil taquin le rendait euphorique. Avec avidité, il posait son regard bleu sur le paysage environnant. Il entrevoyait déjà la façon dont il essayerait de le transposer sur la toile. Il eût une pensée pour Van Gogh et sa folie créatrice. Il en perdait les quelques mots de français qu’il s’efforçait d’employer. Yette s’amusait. Elle se félicitait d’avoir accepté de lui servir de guide. Il était d’une courtoisie un peu désuète, cela ne manquait pas de charme.

 

         La chaleur s’imposait peu à peu. Sur le fleuve les vibrations de l’air conjuguées à la réflexion de l’eau faisaient naître des « mirages ». Ils décidèrent d’aller chercher un peu de fraîcheur dans l’immensité des cryptoportiques.  Antiques fondations du Forum datant de 30 avant J.C., les romains les avaient utilisées pour y aménager des boutiques et des réserves. Jan était surpris par autant d’ingéniosité et de sens pratique. Il faisait frais. Le chant timide de quelques gouttes d’eau suintant le long des murs ajoutait au mystère créé par un éclairage tamisé. A la faveur d’un peu plus de clarté il découvrit des tronçons de canalisations romaines aboutissant à ce qui restait d’un égout. Il imagina ce que pouvait être la vie souterraine durant la Pax Romana.

 

Il voulut l’inviter à déjeuner. Elle refusa avec un sourire. Ils avaient décidé que seul le matin serait consacré à la visite. La chaleur estivale invitait plus au farniente qu’à la marche. L’après midi, seuls, quelques touristes enluminés par trop de soleil continuaient à déambuler. Arles prenait alors des airs de Tour de Babel.

 

 

         Ce matin, pour arriver jusqu’à l’hôtel, Yette a du se faufiler entre les étals des marchands C’est jour de marché. Trois kilomètres d’étals s’étirent dans un brouhaha joyeux, le long des Lices. La foule venue des villages alentour grossira durant des heures, ajoutant les couleurs vives des vêtements d’été à celles des produits offerts aux chalands. Sous les bâches qui frissonnent dans l’air saturé d’odeurs multiples, les vendeurs hurlent. C’est à celui qui vantera sa marchandise avec le plus grand nombre de décibels. Si le marché se tient hors les murs, sous l’antique enceinte fortifiée, suivant l’ancestrale coutume, est-ce pour ne pas introduire d’ennemis, comme autrefois ? « Il n’y a plus d’ennemis » pense Yette avec satisfaction.

 

         Jan, ponctuel l’attend devant l’hôtel. Durant quelques minutes il s’imprègne de cette vie grouillante. Il se tait. Tous ses sens sont à l’affût. Yette a rarement, - jamais, pense-t-elle - vu quelqu’un qui soit aussi perméable aux atmosphères. Elle se demande quelle est la facture des tableaux qu’il peint. Tout le monde étant au marché, elle va en profiter pour lui faire découvrir les mystiques Alyscamps. Au moins seront -  ils tranquilles dans ce lieu qui inspire le respect et le recueillement.

 

         C’est une allée unique, bordée de sarcophages, qui s’ouvre devant eux. Absorbée par la ville elle conserve malgré tout majesté et mystère. Les Champs Elysées ! Les cyprès qui la bordent participent à une mise en scène un peu théâtrale. Leurs ombres s’étalent sur le sol de terre jouant avec la lumière crue et la pierre. Les oiseaux ont fait de ce lieu leur domaine de prédilection. Ils s’y imposent par leurs chants et leur fébrile agilité. Grâce à eux les symboles de vie et de mort se côtoient harmonieusement.

 

         Jan s’est arrêté. Son regard acier embrasse la perspective. C’est étrange comme la paix se dégage de cet endroit. On en oublierait que durant six siècles des milliers de pèlerins s’y sont succédés sur la tombe de saint Trophime. Premier évêque d’Arles, il attirait les chrétiens. Certains, pour qui la terre foulée par le saint homme avait un avant goût de paradis, voulurent y être ensevelis. Les tombes étaient innombrables bordant une allée de prés de deux kilomètres de long. Un peu amputée de nos jours par la construction de la voie de chemin de fer, elle n’en reste pas moins émouvante. Jan captait l’ambiance un peu irréelle qui les enveloppait. Yette, respectueuse de son silence restait  en retrait. Elle sentait en lui un abîme de passion pour tout ce qui faisait la vie, et la mort, paradoxalement, en était partie intégrante. De lui, elle ne savait rien de plus que ce que lui en avait dit Michel. Que lui importait après tout ?

 

         Avec son français aux tournures de phrases hilarantes, il fit part à Yette de son désir de venir peindre aux Alyscamps. Il progressait vite, et lorsque devant un mot martyrisé Yette éclatait de rire, il en faisait autant. Ils riaient. Elle se découvrait des trésors de patience. Elle avait pourtant la vivacité et la rapidité des filles du midi, mais avec Jan, faire taire son impatience n’était pas un effort.

Elle n’en avait pas encore pris conscience, mais quelque chose s’insinuait entre eux, un sentiment mal défini, une connivence. Mais n’était-ce que cela ?

 

         Ils se promenèrent dans le jardin des morts essayant parfois de déchiffrer un texte latin gravé sur un sarcophage vide. Arrivés à l’église saint Honorat, petit joyaux de l’époque romane, ils durent faire demi-tour. Jan faisait courir son regard d’un point à un autre. Il évaluait les distances, les volumes, la lumière, les ombres. Dans sa tête se mettaient en place les esquisses d’un futur tableau. Ce lieu l’inspirait, il viendrait y planter son chevalet.

 

         Le temps s’était écoulé avec la légèreté d’un souffle d’enfant. La matinée s’achevait. Yette avait prévu de passer l’après midi avec des amis, elle devait rentrer. Jan était ravi de la découverte de cet endroit si particulier. Ils se quittèrent un peu à regrets avec le projet d’aller, le lendemain, au théâtre d’Auguste.

 

         Grâce à son rôle de guide particulier, Yette se replongeait dans l’histoire de sa ville. Elle avait envie d’approfondir ses connaissances, de les faire partager à Jan. Elle avait trouvé un nouveau centre d’intérêt. Jusqu’à présent musique et chant étaient ses priorités absolues. Elle avait un peu oublié, qu’à côté, existaient d’autres choses. Et Jan ? C’était curieux cette façon qu’il avait eue – sans rien faire d’ailleurs – de la mettre en confiance. Malgré leur différence d’âge et de langue, elle avait l’impression qu’ils se comprenaient parfaitement.

 

         Ses amis la taquinaient sur le beau « viking » qui n’en finissait pas de visiter la ville. Pour certains, c’était bizarre. D’ailleurs, les touristes ne bouclaient-ils pas le tour des monuments en une journée parfois ? Yette répondait par un sourire. Elle n’avait pas envie de donner d’explication. d’ailleurs elle en eût bien été incapable.

 

 

         Le théâtre n’était pas très loin de l’hôtel de Jan. Ils devaient se retrouver devant l’entrée. Yette parcourut d’un pas énergique les petites rues étroites qui se faufilaient entre les maisons blotties les unes contre les autres. Serrées, pour protéger du soleil écrasant et du vent, elles servent de labyrinthe au Mistral qui les parcourt à folle allure. Il s’y engouffre avec volupté faisant claquer quelque volet entrebâillé. Il siffle comme pour avertir les femmes dont il se joue des ourlets, relevant impudiquement leur robe. Il fait tourbillonner les feuilles mortes en un ballet échevelé dont il est l’éblouissant chorégraphe. Il est colère car après avoir dévalé sans obstacle la vallée du Rhône, il se heurte à cette ville qui lui résiste, avant de reprendre sa course vers la Méditerranée.

 

         Jan l’attendait, un paquet à la main, un sourire mystérieux illuminant ses yeux. Déchirant avec curiosité l’emballage  elle explosa de joie devant tant d’attention. Le livret de Mireille ! Le célèbre opéra de Gounod ! Jan la regardait avec malice.

         « Vous pouviez…non, pourriez, chanter pour moi. Un air…Vous connaissez ?  »

         « Là ? Tout de suite ? »

Il hocha la tête en signe d’assentiment, sourit comme un enfant capricieux qui sait que l’on ne peut rien lui refuser. Yette grimpa devant les deux uniques et magnifiques colonnes corinthiennes qui se dressent fièrement vers le ciel.

 

         Un petit instant de silence pour plonger en elle, et Yette attaqua l’air du Rondeau « Heureux, petit berger. » Les vestiges et la voix vibraient de la même harmonie. Il y avait communion entre ces deux beautés de nature différentes : la pierre et l’humain. Ce lieu, voulu par Auguste pour les élites, attirait toujours les foules. Si les spectacles au cours des siècles avaient changé de nature, ils faisaient toujours vivre le théâtre en une continuité millénaire.

 

         Quelques badauds, guidés par la mélodie, s’étaient approchés faisant taire leurs bavardages. Ils se posèrent quelques questions sur l’interprète espérant reconnaître une célébrité de l’art lyrique, mais malgré tout, applaudirent avec chaleur cette jeune inconnue. Yette esquissa un salut, leur sourit et rejoignit Jan. Il semblait perdu dans une profonde méditation. La présence à ses côtés de la jeune fille le ramena à la réalité. Il la remercia avec enthousiasme.

 

         Les deux colonnes étiraient leurs longs doigts minéraux vers le ciel. Le pavage de l’orchestre, usé de tant de pas,  offrait la nudité de la pierre aux regards des promeneurs. Il ne restait pas grand chose de ce magnifique théâtre et la Vénus d’Arles, offerte au Roi Soleil pour les jardins de Versailles, se languissait à présent dans les murs du Louvre, privée à tout jamais des éléments de la nature. Heureusement les voix et la musique continuaient à donner vie à ce lieu si élégant de légèreté.

 

         Ils s’attardèrent encore un instant avant d’aller boire un café dans un des  petits bars qui font le charme de la ville. Yette craignit que Jan ne soit choqué par la décoration taurine du lieu, mais il n’en fut rien. Cela lui semblait familier.

Yette trouva cela un peu étrange mais ne s’attarda pas sur la question. Après tout…Ils discutèrent de tout, de rien, en une langue « mixée » qu’ils semblaient à présent maîtriser à la perfection. Lorsque Jan lui fit part de son désir d’aller le lendemain aux Alyscamps pour peindre, Yette fut ravie. Elle lui demanda l’autorisation d’aller le voir travailler, sachant que certains artistes détestent une présence à leur côté. Il accepta. Comme à présent il connaissait les lieux, elle passerait dans le courant de la matinée.

 

« Enfin !  Je vais voir ce qu’il peint » pensa Yette tout excitée. Beaucoup de peintres professionnels ou amateurs passaient par la région. Certains s’y installaient, d’autres renonçaient effrayés par la force de la nature. Emprisonner ce pays sur la toile demande de ne pas être timoré. Les couleurs y sont le plus souvent crues, le vent donne à la lumière une brillance peu commune. Le ciel peut être d’un bleu insoupçonné. Tout est violent. Pour transposer ces paysages il faut en être imprégné, s’y abandonner, les avoir « digérés. » Il faut porter en soi le feu brûlant de la vie s’y l’on ne veut pas être emporté par un tourbillon délirant. Qu’allait donc peintre cet homme qui paraissait si mesuré, si policé, toujours maître de lui. Pourtant Yette soupçonnait en lui un flot de lave contenu prêt à jaillir.    

Lorsqu’elle se leva sa première pensée fut pour ce qu’elle allait découvrir. Elle se dépêcha donc de se préparer et partit vers les Alyscamps. Sitôt franchie la grille, elle aperçut Jan installé devant son chevalet, face à une jolie perspective. Il avait posé un bob de toile sur sa tête mais ne perdait en rien de son élégance. Elle s’approcha lentement de lui, elle ne voulait pas le surprendre. Proche de quelques pas elle le héla doucement.

 

Il ne lui répondit pas. Il semblait ne faire qu’un avec la toile. Elle s’assit à même le sol pour l’observer. Une violence inouïe s’échappait du tableau. Il y avait une force insoupçonnée dans le trait, et les couleurs éclataient. Yette pensa à un mélange de Van Gogh et de Brayer, mais cela était un peu réducteur. Observant avec plus d’attention ce que figurait le feuillage d’un arbre, elle découvrit avec stupéfaction le visage d’une femme. Non, il était impossible de se tromper. Avoir composé ainsi la toile était original. D’ailleurs en y regardant de plus prés tout tournait autour de ce visage. Elle n’osa pas demander d’explication. Lorsqu’elle se leva pour partir, après plus d’une heure de silence, elle l’entendit, dans un souffle lui dire : « Demain, les arènes ». Elle acquiesça de la tête. Il n’avait pas détourné les yeux de son travail.

 

Elle se surprit à marcher tête levée pour apprécier les façades et les ferronneries. De monumentales portes en chêne fermaient certains hôtels particuliers. Quelques maisons aux cours intérieures « végétalisées » laissaient s’échapper un parfum de mystère. Parfois, un cyprès s’étirait vers la haute

 

lumière exhalant une odeur âcre de résine. Quel était donc l’esprit bienveillant qui se cachait dans ces enclos secrets ? Elle venait de déboucher sur la place de l’hôtel de ville. L’obélisque en granit égyptien se veut aiguille d’un cadran solaire géant. Il étire son ombre sur les maisons voisines. Sur la droite de la place, la cathédrale saint Trophime, modèle d’art roman qu’elle ne manquerait pas de faire visiter à Jan. Il aimerait son cloître aux colonnes finement ciselées ainsi que sa fraîcheur. Toujours intriguée par le visage féminin né sous le pinceau de Jan, elle rentra chez elle assaillie de questions.

 

                   Ce matin là elle s’éveilla avec un sentiment bizarre d’inquiétude. Elle avait deux bonnes heures devant elle, qu’elle mit à profit pour travailler le solfège. Lorsqu’elle arriva au « Jules César » le personnel s’affairait autour de touristes arrivés en car. Jan n’était pas là, elle s’en étonna pensant qu’il avait quelques minutes de retard. Elle s’assit. Lorsqu’elle vit le serveur s’approcher d’elle une enveloppe à la main, sa respiration se suspendit. En prenant l’enveloppe elle pâlit et lut :

 

         « Chère Yette,

                            Me pardonnerez-vous de vous dire ainsi adieu ? Je le souhaite. J’étais venu dans votre beau pays chercher la paix du cœur, je ne l’ai pas trouvée. Fuir ne résous rien, je rentre donc en Suède. Je ne veux pas vous attrister mais je vous dois une explication..

                            La mort de ma femme m’a jeté sur les routes en quête d’un lieu où je pourrais trouver la sérénité. L’errance ne me mène à rien. Je pense que seul le travail pourra me permettre de retrouver un équilibre. Il me reste encore une petite société, je vais donc me remettre aux affaires.

                            Vous l’aviez compris, jeune fille, je connaissais Arles. Nous y étions venus en voyage de noces. Courir après les souvenirs a été la pire des choses, c’était une erreur malgré la douceur de votre présence. J’espérais que votre compagnie m’aiderait à refaire le parcours à l’envers afin d’exorciser le passé, c’était une idée ridicule. J’en ai pris conscience en faisant le tableau. Je crois d’ailleurs que vous aviez deviné quelque chose.

                            Je vous remercie infiniment de votre patience et de votre sourire si précieux. Je vous offre mon amitié, peut-être en userez vous un jour pour découvrir mon pays de froidure ? Je l’espère sincèrement.

                            Nous n’irons pas aux arènes Yette, mais je fais le vœu qu’un jour, vous y chantiez Carmen. Je viendrai vous applaudir. Gardez votre sourire, toujours.

 

         Votre ami du froid.   Jan »

 

                   Elle se sentait  comme un boxeur après un mauvais round. Ainsi, il était reparti chez lui. Elle ne savait pas si elle se sentait triste ou en colère. Deux grosses larmes ruisselaient le long de ses joues. Oui, elle avait de l’affection pour lui. Une belle amitié était entrain de naître. Elle regrettait de n’avoir pas soupçonné sa détresse afin de pouvoir l’aider. L’aider ? Mais comment ? Elle essuya son visage et sortit.

 

                   Dehors la ville l’attendait, éternelle. L’agitation lui fut douloureuse. Guidée par une main invisible elle prit la direction des arènes. Après tout, pourquoi pas ? Si Jan avait été à ses côtés il aurait aimé cet endroit où l’on se sent à l’abri du vacarme de la ville qui lèche les hauts murs. Elle s’assit dans les gradins. Les hautes parois l’encerclaient de  leur force protectrice. Elle était seule avec son chagrin. Seule dans le ventre de la cité.

 

                   Arles antique, Arles contemporaine : c’était l’homme du Nord qui la lui avait rendue vivante. A jamais son visage se superposerait à l’image de la ville, il lui avait donné d’autres couleurs, d’autres parfums. Elle ne pourrait plus jamais aborder la cité avec indifférence sous peine de voir s’évanouir l’image de Jan. Une rafale plus violente et glaciale souleva le sable rouge. Ses yeux piquaient, larmoyaient. L’irritation du sable était une bonne excuse. Un an, déjà, que Jan avait croisé sa route s’inscrivant à jamais dans sa mémoire.

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H - 90 minutes

Tout le monde est prêt...

Dès 20 h 30, nous attaquons en beauté avec la soirée NOUVELLES D'AUTOMNE.

Une grande répétition a eu lieu cet après midi.

Pour venir au Salon, au Centre SAlvert, facile... Depuis Bourg en bResse, ou depuis l'autoroute, suivre les panneaux...

A tout à l'heure.

 

LA NOUVELLE GAGNANTE A NOTRE CONCOURS SERA EN LIGNE ICI MEME DES CE SOIR 23 HEURES (si tout marche bien!).

vendredi, octobre 10, 2008

J - 1 ou J-2

Eh oui :

J - 1 pour la soirée événement de demain soir samedi au Centre Salvert à Attignat. Ne vous en faites pas, tout sera fléché...

Ou  J - 2 pour le salon de dimanche.

Nous avons passé la journée d'aujourd'hui sur le terrain pour installer les premières tables, voir comment les livres seraient le mieux mis en valeur.

Cela prend tournure.

La scène est prête pour demain, avec un décor qui en surprendra plus d'un et plus d'une par son professionnalisme.

Cela va être une belle prestation.

Les livrets des nouvelles lues en seconde partie sont prêts.

Les livrets des 10 nouvelles gagnantes du concoours sont prêts aussi.

A noter que vous pouvez les acquérir si vous ne pouvez pas venir demain : soit dimanche au cours du Salon, soit par courrier (Salon du Livre, chez R. Ferraris, Crangeat, 01340 ATTIGNAT).

Mais il serait dommage de ne pas faire le déplacement.

Dimanche : du beau monde ! De remarquable livres, une ambiance conviviale sont au programme.

17:38 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, octobre 08, 2008

NEZ DE COCHONS

C'est quoi, ça ?

Une rigolade ?

Une grossiéreté ?

Quelque chose de pas très présentable ?

Si on prend le Dictionnaire de l'Académie, on trouve que le cochon (la cochonne) est un mammifère omnivore domestique, de l'ordre des ongulés, de la famille des suidés ; que cet animal, en particulier le mâle châtré, est élevé pour l'alimentation [tout ça, vous le saviez déjà certainement] ; que la première apparition répertoriée du mot remonte à 1091 ; que du XIIIè au XVIIème siècle il désignait un jeune animal ou un cochon de lait ; que l'adverbe "cochonnément" (d'une manière malpropre) ou le nom "cochonnier" (celui qui fait des cochonneries) sont des mots rares.

NEZ-DE-COCHON : subst. masc. dans l'art militaire, est une cagoule  masque à gaz de la Guerre de 14 ou le nom donné au hérisson, ou celui d'une chauve-souris s'il est thaïlandais, et qu'il y voisine avec le  nez-de-chien et le nez-de-chat ;

QUEUE-DE-COCHON : subst. fém. est une ferronnerie d'ornement ou une tarière  ;

RINCE-COCHON : subst. masc. est une boisson anti gueule de bois si vous avez oublié que "un verre ça va, mais 2 verres ...".

Avec le mot Cochon, les expressions sont nombreuses et reprennent le plus
souvent le côté sombre de la bête ...


  Avoir des yeux de cochon,
  Être gras comme un cochon,
  Être sale comme un cochon,
  Avoir un caractère de cochon.


Comme il est connu que tout homme a dans son coeur un cochon qui sommeille (Ch.
Monselet, 1825-1888) le florilège se poursuit ...

seul :


  Quelle tête de cochon !
  Il est tout juste bon à garder les cochons,
  Il est bête comme trente-six cochons,
  Ils ont travaillé comme des cochons, c'est du travail de cochon,
  Elle était d'une humeur de cochon, elle faisait sa tête de cochon, (y'en a  pour les dames aussi !)


... ou à plusieurs :


  Ils sont copains comme cochons,
  Nous n'avons pas gardé les cochons ensemble,
  Il m'a joué un tour de cochon.


Avec le cochon, il est souvent question de nourriture ...


  Manger comme un cochon,
  Une nourriture pour les cochons, ou au contraire qui ne serait pas cochon du  tout,
  Donner de la confiture (des perles) aux cochons,
  Être saoul comme un cochon,


... de logement ...

  Vivre dans une auge (un toit) à cochons,
  Un cochon n'y retrouverait pas ses petits,


... voire de n'importe quoi :


  Un temps de cochon,
  Ecrire comme un cochon,
  Gestes, yeux cochons; histoires cochonnes; c'est cochon !

            voir : http://le-cochon-curieux.over-blog.com/article-4451020.html

EH BEN NON, VOUS AVEZ TOUT FAUX !!!!!!!!!!!!!!!!!

Les NEZ DE COCHONS, c'est une association de fondus de Citroën, en particulier de Deux Chevaux, de dodoches, de deuches... Et d'autres "citrons", comme les "tubs"...

Et ils seront là dimanche, pour faire admirer leurs trésors aux visiteurs.

 

ALORS, DIMANCHE, TU VAS OU ?

BEN... A ATTIGNAT, AU SALON DU LIVRE...

BRAVO, T'AS TOUT JUSTE, MON GÂCHON... ET OUBLIE PAS TA MEION !!!!

17:44 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1)

mardi, octobre 07, 2008

LES AUTEURS

A ce jour, nous avons enregistré la présence de 35 auteur(e)s pour ce dimanche 12 octobre, sans compter ceux qui viendront avec leur éditeur, mais que ces derniers n'ont pas encore inscrits.

Le Salon 2008 accueillera de nouveaux auteurs, qui viennent pour la plupart de la région de Lyon.

Donc, du renouvellement, du "brassage d'écriture".

Et beaucoup de nouveautés dans les ouvrages présentés. Nous ne pouvons pas ici faire la promotion des titres qui fleuriront sur les tables, mais il y en aura !

A J - 5, cela s'annonce bien, et un passage par Attignat s'impose !

14:23 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, octobre 06, 2008

Le fabuleux destin…des explorateurs et aventuriers de l'Ain

C'est l'exposition retenue cette année pour le Salon.

Une initiative de Patrimoine des Pays de l'Ain, qui sera présent Dimanche.

 Cette exposition rend hommage à six de ces personnages : le Général Marchand, héros de Fachoda, Saint Pierre Chanel, premier martyr d’Océanie, Marie-Joseph Bonnat, découvreur de mines d’or en Afrique, Philibert Commerson, botaniste et découvreur du bougainvillier, François Leguat, le Robinson bressan et François Picquet, missionnaire en Nouvelle France.

Cette exposition a été réalisée par le Musée Chintreuil de Pont de Vaux en collaboration Patrimoine des Pays de l'Ain.

Thème des panneaux :
1 à 5
Philibert Commerson
6 à 10
Marie-Joseph Bonnat
11 à 15
Général Marchand
16 à 18
Saint Pierre Chanel
19 à 21
François Leguat
22 à 24

François Picquet

Patrimoine des Pays de l'Ain
Association reconnue d'utilité publique le 29 mai 2008
Le site portail des associations de valorisation du patrimoine de l'Ain (région Rhône-Alpes)

L'Union des associations pour la culture et la sauvegarde du Patrimoine des Pays de l'Ain (PPA) regroupe aujourd'hui 120 associations à vocation culturelle et patrimoniale auxquelles elle apporte son concours en matière de protection, de sauvegarde, de mise en valeur et d'animation des richesses de l'Ain.

Interlocuteur privilégié des organismes départementaux ou régionaux (Conseil Général de l'Ain, Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement (C.A.U.E.), Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine, Direction Régionale des Affaires Culturelles, Comité Départemental de Tourisme, Fédération Départementale des Offices de Tourisme et Syndicats d’Initiatives (F.D.O.T.S.I.)...

Patrimoine des Pays de l'Ain facilite les relations entre les associations et l'administration par la collecte, la centralisation et la diffusion des informations.

C'est aussi un site, d'où proviennent une grande partie des infos ci-dessus:

                  http://www.patrimoinedespaysdelain.fr/fr/accueil/index.htm

18:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)