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samedi, octobre 18, 2014

Concours de Nouvelles, troisième prix...

Troisième Prix du Concours 2014

Prix du Salon du Livre , Prix des « 16-25 » ans

Madame Mathilde RIPART

 

Réveil

 

Je sens les doux rayons du soleil matinal caresser ma peau, l’effleurer tendrement comme le feraient les doigts d’une femme. Je ressens tous les bienfaits de la vitamine D, mon corps est paisible et mon esprit serein. Je sens mon être se balancer légèrement. Il faudrait que je me lève mais je veux en  profiter encore un peu.

Quelques gouttes m’éclaboussent le visage et me font sortir de mon paisible repos. J’ouvre lentement les yeux, aveuglé par le soleil, tout en m’étirant. Dans mon mouvement, ma main tombe dans l’eau. Je me relève étonné. Mes yeux, pas encore totalement acclimatés, discernent avec difficulté mon entourage. En face de moi de l’eau, à gauche de l’eau et à droite, toujours de l’eau. Nul besoin de me retourner pour savoir ce qui m’entoure totalement. Le paysage qui s’offre à moi n’est constitué que de ciel, d’horizon et de mer. Passé l’étonnement je m’interroge. Qu’est-ce que je fous là ?

Debout sur mon radeau de deux mètres carrés, je passe en revue mes seuls souvenirs. J’étais chez moi, dégustant une pizza commandée tout en regardant la télé avec ma chienne Lady. Un Dimanche soir des plus anodins. Mon enquête s’arrête ici, j’aurais fait un piètre détective.

 Donc, qu’est-ce que je fous là ? J’habite à deux heures de voiture du bord de mer le plus proche, même un somnambule ne pourrait couvrir autant de kilomètres. Pas de caméra cachée non plus. Il ne reste plus qu’une seule possibilité, je rêve. C’est si réel pourtant, mais je n’ai pas d’autres explications.

Les heures passent et le soleil est de plus en plus intense. Mon corps se ramolli, ma tête tourne et ma peau rougit.  Je n’ai aucun moyen pour lui échapper. Les seules parties protégées de mon corps sont celles recouvertes par habits. Heureusement qu’ils sont blancs. Je n’ai même pas de chaussures. Comme si l’on m’avait arraché du lit. Si c’était un rêve je ne serais sûrement pas en pyjama, et je n’accorderais pas d’importance à ma tenue, non ? Le temps passe si lentement. Ou alors il passe vite. Aucun moyen de savoir l’heure, certainement 12h à en juger par la position du soleil. A quoi bon de toute façon puisque rien ne m’attend.

Mon ventre crie famine, je dois être sur ce radeau depuis plus d’une demi-journée, voire plus si l’on prend en compte la possibilité d’un décalage horaire. Je suis coincé sur une planche de bois, entouré d’eau à perte de vue, aucune destination en vue, sans nourriture et surtout sans espoirs. Une pensée me noue l’estomac : et si ce n’était pas un rêve ? Je vais mourir ici, sans savoir où, quand, et pourquoi. J’essaie de me raccrocher à l’idée que l’on me retrouvera, mais je n’y crois pas vraiment. Quand on s’apercevra de mon absence, je serais déjà mort de faim, je n’ai que Lady dans ma vie. Moi Sylvain, trente ans, sans famille, sans amis, je ne manquerai à personne. J’ai bien quelques connaissances, des femmes surtout, mais je doute qu’elles s’inquiéteront de mon sort.  Peut-être que mon rendez-vous de cette semaine, la jolie Lisa que je n’ai pas rappelée, viendra me voir pour me traiter de menteur, de manipulateur et de salaud. Elle trouvera mon appartement vide et ma Lady pleurant son maître. Alors elle alertera la police, on me retrouvera à temps et la pulpeuse Lisa se jettera dans mes bras en m’embrassant.  Nous entamerons une belle histoire d’amour et nous vivrons heureux avec plein d’enfants, et Lady bien entendu, pour toujours.

 Ou alors je crèverai seul sans personne pour me pleurer.

La chaleur est accablante, ma peau frétille. Je  sais ce que ressent  un steak sur le grill à présent. Je m’asperge d’eau de mer espérant soulager mes brûlures mais le sel m’écorche la peau et je m’effondre sous la douleur.  Allongé sur mon radeau, je me laisse bercer par les flots. Je ferme mes yeux humides de larmes et je m’endors.

Un sentiment d’effroi me traverse. Je ne sais pas combien de temps je me suis assoupi, mais à présent, il fait nuit. L’atmosphère est lourde et le ciel sans nuage. Pourtant tout mon corps frissonne, non pas de froid, mais de peur. Une étrange sensation me paralyse. J’ai le sentiment de ne pas être seul. J’essaye de me faire le plus petit possible sur ma planche de bois et inspecte les environs. Toujours et seulement cette maudite eau qui m’encercle, qui m’étouffe. Je me détends  et décide de me ressaisir quand j’entends des chuchotements. Ils m’entourent eux aussi. Mon cœur fait un bond et je me tourne, me retourne pour chercher ces humains. Mais il n’y a rien, seulement des vagues qui se font de plus en plus imposantes.

             « Où êtes-vous ? » Crie ma voix chevrotante.  

Je n’ai pas de réponses mais les chuchotements s’intensifient, se faisant plus oppressants, plus distincts. Il y a des hommes, des femmes et même des enfants. J’entends des sanglots, des cris et des plaintes.

Je distingue maintenant des dizaines d’embarcations similaires à la mienne entre les vagues colossales. Comme moi, les passagers sont vêtus de blanc. Certaines personnes, se cramponnent à leur radeau, d’autres se jettent dans les flots. Je leur crie d’arrêter mais ils ne m’écoutent pas. Un peu plus près de moi je remarque une fillette qui pleure à chaudes larmes. Je l’interpelle et elle se tourne vers moi. C’est une petite blondinette avec de belles anglaises mais une balafre sur son visage laisse transparaitre l’horreur de son passé. Elle me regarde les yeux vides, sans espoirs et murmure « dites-leur de me laisser partir » avant de sauter dans les abysses. Ma nausée noie mon cri et je vomis de la bile au bord du radeau. J’enfouie ma tête dans mes bras et je pleure. J’entends toujours leurs cris et dans un dernier effort j’hurle « Laissez- moi ! »

Mon corps semble reprendre des forces mais ne réagit pas plus pour autant, il se remet doucement de cette nuit de tension. La chaleur peu à peu pénètre chacun de mes pores, décontractant mes muscles, soulageant mes crampes, apaisant mes frayeurs. Je profite de cet instant car je sais que mon répit sera de courte durée. Dans quelques heures ma peau brûlera jusqu’à former des cloques et le sel pimentera ma chair à vif, puis s’ensuivront de longues et pénibles heures de tourments sachant que le pire restera  à venir.  Les jours se répètent inlassablement, identiques au détail près, comme une pièce de théâtre rejouée dans le même décor. La Lune, la position des étoiles, inchangée depuis quatre nuits me rappellent que je ne peux être dans la réalité, si réelles soient mes sensations.

La deuxième nuit, ils étaient de nouveau là,  elle était là. Cette petite fille que j’avais vue sauter la veille et sombrer dans les flots, se trouvait encore sur son radeau tout comme moi, pleurant, suppliant. Et comme toute les nuits jusqu’à aujourd’hui, j’ai dû assister  impuissant à son suicide. Quatre nuits que je la vois me regarder en silence, sereine quand elle s’introduit dans les eaux, tandis que je lutte pour ne pas être éjecté de mon radeau par des vagues trop puissantes. Je m’accroche tant bien que mal à mes planches de bois comme si survivre était important, comme si le lendemain serait différent. « Dites-leur de me laisser partir » fut le seul message qu’elle m’adressa. Oui, le lendemain sera différent.

La faim me tiraille l’estomac aussi intense que le premier jour, sans pour autant que je ressente les signes de faiblesse ou de déshydratation. Comme si  mon corps était alimenté mais mon estomac vide. Faut-il croire que je ne peux pas non plus mourir de faim ?

Le temps passe lentement et vite à la fois, déjà le ciel s’assombrit. Les démons de la nuit ne sont plus très loin. Je peux déjà entendre leur plaintes, sentir leur frayeur qui alimente la mienne. Cependant, je veux revoir cette petite fille, car cette nuit je ne la laisserai pas tomber.

Me voilà au bord du radeau, regardant une dernière fois mon reflet dans l’eau opaque. Je suis sale, boursouflé. Mon visage est terne, mes lèvres fissurées. Je parais plus vieux. J’ai choisi la bonne décision. Je ne veux plus perdre de temps ici. Où exactement ? Je ne sais pas, et je ne cherche plus à savoir. La raison de ma présence, l’endroit où je suis, les personnes qui me manqueront, celles à qui je manquerai, plus rien n’a d’importance.

Elle est là, s’apprêtant à franchir le pas. Elle ne semble ni déterminée, ni soulagée, ni même effrayée. Elle semble juste lasse. Je la regarde, elle me regarde. Elle saute, je saute. 

La fraicheur de l’eau est comme un choc électrique, elle se propage dans tout mon être gelant mes muscles et mes organes. Je tente tant bien que mal de remonter à la surface mais les vagues m’en empêchent. Le sel brûle ma peau et le manque d’oxygène brûle mes poumons. Je me débats, luttant contre des forces invisibles qui me maintiennent sous l’eau. J’expire la dernière bulle d’air et je sens mon cœur cesser de battre. Je suis serein tout est paisible.

Soudain mon corps est pris de convulsions. Des décharges électriques me traversent  à intervalles répétés et de l’air s’engouffre dans mes poumons. J’ouvre la bouche pour respirer mais je m’étouffe avec l’eau salée, mes poumons s’embrasent tandis que je porte mes mains à la gorge pour calmer la toux qui me prend. La douleur est telle que j’ouvre les yeux malgré le sel qui me pique. Au loin j’aperçois une forme humaine qui se débat elle aussi, luttant contre le même mal que le mien. Je la reconnaitrais entre toutes, ses cheveux lumineux formant une auréole autour de son corps frêle. Puis elle cesse de s’agiter et  je la vois flotter sans vie. J’essaye de nager jusqu’à elle mais les décharges se font plus intenses et la mer s’agite. Je suis balancé dans tous les sens, je ne vois plus rien. Je hurle de douleur quand un dernier électrochoc saisit mon cœur et me ramène la surface.

 A travers mes paupières closes je peux sentir que tout est différent. Je ne suis plus entouré d’eau, le bruit des vagues a cessé et l’air marin a laissé place à des odeurs chimiques. J’entends des pas précipités et une voix de femme me parle mais je ne comprends pas ce qu’elle me dit. On me tapote, on m’ouvre les yeux de force pour m’aveugler avec une lumière blanche, on me parle. Je n’y comprends rien. J’ai l’impression d’avoir toutes les pièces du puzzle mais ma tête me fait si mal, je n’arrive pas à me concentrer pour les assembler. J’ouvre enfin les yeux de mon plein gré. Les murs sont blancs, les rideaux sont blancs et les personnes sont vêtues de blancs. Je suis à l’hôpital.

« Vous avez eu un accident de voiture il y a cinq jours, on vous a trouvé dans un état critique. Il y avait peu de chance que vous sortiez du coma, c’est un miracle. »

Les médecins m’expliquèrent que cette nuit mon cœur s’était arrêté de battre et qu’en me réanimant ils m’avaient sorti du coma. Je n’en croyais pas un mot. Je sais ce que j’ai vécu, je sais que c’était bien réel. J’eus beau leur expliquer maintes fois mes péripéties ils me répétaient que ce n’était qu’une conséquence post traumatique, que mon cerveau ne voulant pas accepter la vérité, s’était créé sa propre vision.

Je suis resté ainsi une semaine à l’hôpital, subissant des batteries de test, rencontrant différents psychiatres pour me convaincre que ma torture n’avait pas existé. Malgré le sentiment de réalité que j’ai pu ressentir et que je ressens toujours je ne peux nier que mon histoire n’a aucun sens comparée à la leur. Le doute s’est installé peu à peu  et j’ai fini par admettre que le cerveau était très habile et que tout ça n’avait pas eu lieu.

Mes médecins me laissent  partir, après avoir bien vérifié que je suis psychologiquement rétabli.

En quittant le couloir dans lequel était ma chambre, à bord de mon super fauteuil roulant, je passe devant des cellules similaires à la mienne. Le médecin m’explique que c’est l’aile réservée aux personnes dans le coma, et que les familles passent beaucoup de temps auprès de leur malade. Je suis le seul à ne pas avoir reçu de visite. Maintenant je devrai me débrouiller seul luttant avec mon corps meurtri le jour, et me battant avec mes cauchemars la nuit.

Mon regard est attiré par un jet de lumière qui provient d’une des chambres. Une femme en pleurs est au chevet d’une petite fille blonde comme le blé. Je me lève péniblement de mon fauteuil et j’avance vers cette enfant. J’entends le médecin m’appeler mais je ne relève pas. Mon cœur palpite au rythme de mes pas et c’est avec appréhension que je regarde son visage. Il est strié par une balafre.

 

Concours de Nouvelles, deuxième prix...

Deuxième Prix du Concours 2014

Prix du Château de Salvert remis par M. Martin, Maire de la commune d’ATTIGNAT

Monsieur Pierre AUBRY

 

 Divorzio all’italiana, e al dente

 La phrase résonna dans la salle d’audience comme un coup de tonnerre. Juste après l’avoir prononcée, le prévenu tourna le dos au public, dans l’attitude du toréro narguant une bête épuisée. L’écho de ses paroles à peine évanoui, d’autres rumeurs envahirent l’atmosphère du tribunal : exclamations outrées, chuchotements indignés, rires étouffés. Un des deux carabinieri qui encadraient Lucco Macrozzi porta la main à sa bouche pour étouffer un fou rire. L’avocat de la défense pâlit et laissa tomber ses bras, en signe d’abandon. Une telle sortie ne pouvait que ruiner sa plaidoirie, basée sur la bonne volonté de l’accusé et sur son désir de repentir. Et prolonger sa peine d’au moins cinq ans.

Lucco aurait tout le temps de regretter ses propos scandaleux pendant son séjour à l’ombre. Mais pour l’heure il était fier de l’effet produit, et jubilait en pensant à l’idée qui avait guidé sa vengeance et permis un trait d’esprit qui marquerait pour longtemps les annales de la justice.

Huit mois auparavant un caprice du hasard avait appris à Lucco que Gina, sa belle et vertueuse Gina, son petit canard comme il l’appelait, le trompait avec Leo Rizzi, le coiffeur qui tenait boutique de l’autre côté de la place. Il en fut presque autant surpris que furieux ; le beau Leo, avec ses cheveux blonds bouclés, ses vestes échancrées, ses chaussures claires, n’avait pas la réputation d’un Don Giovanni. Non qu’il ne possédât un physique avantageux, tout le monde s’accordait à lui trouver un grand charme, mais, comment dire ? On pensait qu’il réservait ses appas à une partie du genre humain à laquelle le Créateur d’Adam et Eve ne les avait pas destinés. En d’autres termes que son fleuve d’amour coulait à contre-courant. Bref ! Il préférait les hommes ! Du moins c’est ce qu’on croyait. Quant à Gina, il avait en elle une confiance aveugle. Il faut dire qu’elle dissimulait avec un grand talent toutes ses infidélités, et que rien ne transparut à Lucco de la bonne douzaine d’aventures qu’elle avait menées depuis son mariage.

Il n’est pas inutile, pour l’intérêt que portera le lecteur à ce récit, de savoir que Lucco Macrozzi, ainsi que tous les cocus qui peuplent l’Italie, et le reste du monde, était le dernier à soupçonner son infortune conjugale ; et que, de l’enseigne qui ornait la macellaria della plazza, une belle tête de taureau pourvue de longues cornes, il était le seul à ne pas remarquer l’aspect symbolique, qui alimentait les conversations des villageois. Seul l’animal qui porte un tel ornement sur le front ne peut le voir. Et le surnom de cornutto parlequel on le désignait dans toutes les conversations, à Madattore et dans les localités environnantes, était connu de tous, sauf de lui.

 

Aussi, quand la vérité lui éclata au visage, il fut pris d’une rage intense, qui expliqua la violence de sa réaction. C’était un soir, juste après la fermeture de la boutique. Gina, s’apprêtant à partir pour rejoindre sa mère malade en Sicile, préparait ses bagages à l’étage. Elle avait disposé les paquets de viande que son mari devait livrer. De celui portant le nom de Leo s’échappait un filet de sang. Lucco l’enveloppa dans un grand papier pour juguler l’hémorragie ; puis, jugeant l’ensemble peu esthétique, il décida de refaire le paquet. Sur la côte de veau était posée une enveloppe en papier kraft. Il l’ouvrit et lut le billet qu’elle contenait :

« Amore mio, je dois partir, ma mère a eu une attaque et je serai absente au moins quinze jours… ». Suivait une tirade sirupeuse dans laquelle la traitresse mentionnait : « cet imbécile de Lucco », conclue par les mots : « Ti amo, Gina. »

Elle descendit, l’air innocent, et fut frappée du regard mauvais que lui jetait son mari. La dispute ne tarda pas à éclater. Ils en vinrent vite aux mains. On imagine sans peine comment devait se terminer une telle dispute, dans une telle boutique, où les couteaux ne manquent pas.

Devant le corps inerte de Gina, Lucco reprit ses esprits. Il ne regretta pas alors d’avoir embrassé la profession de boucher ; les circonstances lui permettaient de réaliser le crime parfait. En effet, quoi de plus facile pour lui que d’évacuer discrètement parmi les os et les abats non comestibles ce qui n’était finalement que cinquante kilos de viande.

Il suspendit le corps à une esse dans la chambre froide, et entreprit de le dépecer. N’ayant pas trop l’habitude de ce genre de carcasse, il eut un peu de mal, surtout pour trouver les jointures et couper les ligaments. Pendant l’accomplissement de cette macabre besogne, une idée lui vint, qui pouvait doubler l’efficacité de sa vengeance. Et lui rapporter en plus quelques milliers de lires.

Il découpa un morceau de cuisse, l’enveloppa, et le mit dans le paquet destiné au coiffeur. Puis, interrompant son travail, il partit livrer ses commandes.

« Je vous ai mis une escalope en plus, vous m’en direz des nouvelles ! » lança-t-il en sortant de chez Leo.

Les jours suivants, le coiffeur fut comblé, séduit par le moelleux et la finesse de ce porc sicilien, si gouteux et si bon marché. En terrine, en ragout, en escalope, cette viande possédait une texture et un parfum qu’il n’avait jamais trouvés auparavant. Il en fit sa nourriture quotidienne et pria le boucher de renouveler sa commande auprès de son fournisseur.

Jusqu’au jour où, en terminant une côtelette, sa dent heurtât un objet métallique ; comme un manche de petite cuillère fiché entre le gras et l’os. Il comprit aussitôt, et passa la nuit à vomir. Le lendemain matin, les carabinieri se présentèrent à la boucherie.

Gina avait eu un accident de cheval dans sa jeunesse et, pour réduire la fracture d’une côte, on lui avait posé une broche ; qu’on n’avait pas jugé utile de retirer.

Quand vint le tour de Leo de faire sa déposition au tribunal, il parvint à émouvoir le jury avec un discours larmoyant qu’il conclut en soupirant : « Pauvre Gina ! Je l’aimais, comme je l’aimais ! Je l’aimerai toujours ! »

Du banc de l’accusé tonna alors la voix de Lucco :

« Eh bien, si tu l’aimes, reprends-en donc un morceau ! »

 

samedi, octobre 11, 2014

Grand Prix du Concours de Nouvelles 2014

 

Premier Prix du Concours 2014.

Grand Prix du Concours, remis par M. Rodet, Vice-président du Conseil Général de l’AIN.

Madame Pauline Rouault

 

Course contre la montre

 « Bon sang, Matt, réponds, c’est urgent, j’ai besoin de toi ! Non, NON, ne faites pas ça ! Matt, au secours !!! Ils vont… Clac ! Biiip, biiip, biiip… »

Trop tard. Hassan raccrocha violemment avant même que Matthias ne comprenne l’urgence de son appel et ne se précipite hors de la douche pour s’emparer du téléphone. Car cela ne faisait aucun doute : quelque chose se tramait, là-bas, chez son meilleur ami. Il avait nettement perçu une onde de panique dans la voix d’Hassan, de nature habituellement si indolente, quelles que soient les circonstances.

Il rembobina la cassette du répondeur pour réécouter le message. C’était indéniable, une angoisse sourde était tapie derrière chaque mot et chaque intonation de son « pote de galère », comme l’appelait souvent Matthias, affectueusement. En tendant l’oreille, le jeune homme avait même clairement entendu des bruits de verre brisé et la chute d’objets lourds sur le sol. Manifestement, les intrus cherchaient quelque chose… Mais quoi ?

Hassan et Matthias s’étaient connus en prison et avaient partagé la même cellule pendant quelques années. Des liens d’amitié très forts s’étaient tissés entre eux, les deux plus jeunes détenus de ce quartier de la prison. Une amitié favorisée par l’entraide et le respect mutuel qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, et qui les protégeaient du milieu carcéral souvent violent et impitoyable. Ils s’étaient ainsi créés une bulle protectrice faite de confiance qui avait perduré après leur sortie de prison et jusqu’à l’événement qui nous occupe ici. Et même s’ils ne vivaient désormais plus ensemble, ils continuaient à faire face aux aléas de la vie en se serrant les coudes, déterminés à ne plus jamais commettre les mêmes erreurs, et à s’empêcher l’un l’autre de retomber dans le bourbier de la violence et de l’illégalité.

Matthias tenta vainement de rappeler son ami, mais la ligne était en dérangement et il songea que les malfaiteurs avaient dû, soit couper le fil du téléphone, soit carrément pulvériser l’appareil. Ils en auraient été largement capables compte tenu des accès de rage destructrice que l’on percevait en fond sur la bande du répondeur.

Tout en s’habillant à la hâte, Matthias commençait à s’imaginer les pires scénarios. Il attrapa le vieux revolver qu’il cachait dans le double-fond de son tiroir à chaussettes et sortit en coup de vent, sans prendre la peine de refermer l’appartement derrière lui.

Hassan habitait dans la même ville que Matthias, mais dans un autre quartier. Après ses ennuis de jeunesse, il avait délibérément choisi de revenir s’installer à proximité de sa nombreuse famille qui l’avait toujours soutenu, tout au long de sa détention.

Il occupait un grand studio que sa mère venait nettoyer à fond chaque semaine. Comme beaucoup de jeunes hommes pourtant en âge de fonder leur propre famille, il préférait de loin revenir quelques soirs par semaine dans le foyer qui l’avait vu grandir pour partager le généreux couscous maternel avec ses frères, sœurs, beaux-frères, neveux et nièces, parents et grands-parents maternels, plutôt que de se retrouver en tête-à-tête quotidien avec une femme qu’il aurait de toute façon dû choisir par défaut. Car quelle jeune fille voudrait d’un homme dont le curriculum vitae comportait une lacune de huit ans à cause d’un séjour en prison pour vol à main armée ? Qu’il fût très jeune et influençable au moment des faits ne changeait pas grand-chose à l’affaire. Il se sentait désormais fiché ad vitam aeternam comme délinquant et paria, quoiqu’il fît pour se racheter, et même si pour rien au monde il n’aurait replongé dans les mêmes galères.

Matthias décida de se rendre chez Hassan en empruntant la ligne de bus qui passait en bas de son immeuble et qui, par chance, pouvait le mener sans changement jusqu’au quartier de son ami. Le jeune homme avait une voiture mais il aurait été illusoire d’espérer traverser toute la ville à cette heure-ci sans encombre. Même bondé et immobilisé à tous les feux, le bus irait toujours plus vite que sa vieille Panda et Matthias serait au moins à l’abri d’un fâcheux accident causé par le stress qui montait en lui à chaque minute qui passait.

Le bus était effectivement plein à craquer, et une touffeur à peine supportable régnait à l’intérieur et déposait une pellicule de buée crasseuse sur les vitres. Pourtant, ce n’était pas à cause de la température étouffante que le jeune homme transpirait à grosses gouttes, mais parce qu’il commençait sérieusement à envisager le pire. Et au vu de leur lourd passé, à tous les deux, il n’aurait pas été plus surpris que ça. A ce moment précis, il était même en train de se demander avec terreur et culpabilité, si tout ce qui était en train de se produire chez son ami n’était pas un peu de sa faute, finalement…

Si quelqu’un avait pris le soin d’examiner l’existence de Matthias Chagal depuis sa tout petite enfance, cette hypothétique personne aurait probablement deviné comment les choses allaient tourner. Le schéma classique : enfant de la DASS multipliant les conneries et les familles d’accueil plus ou moins suspectes, les affres de la vie sur le trottoir dès l’âge de quatorze ans, trafics en tous genres – y compris de son propre corps – pour s’offrir un sandwich de temps en temps, ou quand il avait de la chance, une nuit dans un hôtel miteux, les rencontres pas très nettes, la descente aux enfers dès la première injection, et des galères, rien que des galères. Après tout cela, pas étonnant que Matthias se fût senti presque soulagé quand il avait fini par se faire épingler par la police et par écoper de dix ans de prison ferme pour trafic de drogue. Cellule chauffée, lit avec couvertures, trois repas par jour. Et une certaine solitude, base de sa reconstruction.

Quelques années plus tard, il avait fait la connaissance d’Hassan, qui avait, à son grand soulagement, pris la place d’un codétenu au comportement devenu inquiétant. L’une des raisons qui avaient poussé Matthias à se lier d’amitié avec le nouveau venu, outre sa perpétuelle bonne humeur et son humour un peu naïf, avait été sa personnalité qui ne collait pas avec le profil supposé du taulard. Quand il leur arrivait de discuter pendant des heures certaines nuits – la nuit était le moment le plus angoissant pour un prisonnier – Matthias avait l’impression de pouvoir s’évader de l’univers carcéral. Tous les deux s’étaient jurés qu’à leur sortie du trou, ils s’en sortiraient ensemble, en s’épaulant l’un l’autre.

Aujourd’hui, tandis qu’il se trouvait coincé, d’un côté par une grosse et vieille femme portant entre ses seins un caniche geignard, et de l’autre par un adolescent boutonneux empestant un parfum douteux d’after-shave, il se demanda si ses anciennes connaissances du milieu n’avaient pas pu remonter jusqu’à Hassan par l’intermédiaire des taupes nichées au sein même de leur quartier pénitentiaire. Matthias avait été un passeur hors pair avant d’être rattrapé par la justice. Il connaissait beaucoup de tuyaux et de noms. Comme il était sorti depuis quelques mois seulement, certains chefs de réseau devaient sans doute vouloir s’assurer que rien ne filtrerait de leurs activités clandestines.

Si cette hypothèse s’avérait être la bonne, alors il n’y avait pas une minute à perdre. Hassan avait peut-être à l’heure qu’il était le canon d’un revolver appuyé contre la tempe, sommé d’avouer rapidement où se trouvait dorénavant son pote de prison remis en liberté quelques mois après lui.

L’odeur rance de la peur sortait par tous les pores de sa peau et ne semblait pas plaire au caniche qui grognait stupidement, toujours à l’abri dans le confortable giron de sa maîtresse. Là dans le bus, debout au milieu de tous ces gens collés avec obscénité les uns contre les autres, Matthias serrait au creux de sa main, à travers sa veste en jean, la forme létale formée par le vieux revolver tapi dans sa poche intérieure. Lui et Hassan étaient liés à la vie à la mort, et il allait leur faire comprendre.

Matthias descendit brutalement du bus, indifférent aux protestations outrées des passagers qu’il venait de bousculer, puis parcourut comme un dératé les quelques centaines de mètres le séparant de l’immeuble où habitait son meilleur ami. En se ruant en trombe dans le dédale d’escaliers et de couloirs de la barre HLM, et malgré la panique qui l’avait complètement envahi, il put remarquer que la vie suivait paisiblement son cours dans le bâtiment. Les bruits et les effluves habituels et cosmopolites emplissaient sereinement chaque étage. A l’évidence, les intrus s’étaient donc concentrés sur le logement d’Hassan, ce qui confirmait le caractère personnel et ciblé de l’agression.

Parvenu devant la porte de l’appartement, Matthias remarqua que celle-ci était entrouverte. Mauvais signe. Après avoir discrètement sorti le revolver de sa poche, il ouvrit la porte d’un coup de pied. Le silence pesant qui régnait à l’intérieur n’augurait rien de bon, et semblait plus assourdissant encore que n’importe quel son. Tout en inspectant le studio, son arme nerveusement pointée en avant, il dut enjamber du verre brisé et le fouillis d’objets tombés par terre. Hassan était très loin d’être une fée du logis, mais ce capharnaüm n’avait tout de même rien de normal.

Soudain, Matthias se figea. Des pieds dépassaient derrière le canapé, chaussés de ce qui semblait être la paire de baskets flambant neuves qu’Hassan avait fièrement exhibées devant lui la semaine passée.

Vif comme l’éclair, Matthias contourna le canapé, en proie à une peur violente et irraisonnée. C’est alors qu’il découvrit son meilleur ami étroitement ligoté, bâillonné, et…

Enveloppé de papier toilette ? Matthias arracha le bâillon d’un rapide mouvement de poignet, c’est le moment que choisit Hassan, bien vivant, pour s’écrier :

« Bon sang, Matt, qu’est-ce que tu foutais ? Ils ont eu dix fois le temps de bousiller ma console, tu débarques un peu tard ! Ma sœur me les a amenés il n’y a même pas deux heures, et regarde-moi ce bazar... »

Sur ces mots, trois petites têtes brunes badigeonnées de pâte à tartiner et coiffées de chapeaux pointus – manifestement confectionnés à base de factures d’électricité au nom d’Hassan Mahmoud – apparurent malicieusement par la porte de la cuisine, et une petite voix flûtée s’éleva :

« Waouh, c’est un vrai de vrai flingue, Monsieur ? »

 

LE VERDICT EST TOMBE

Ce vendredi 10 octobre, au cours de la soirée "avant-première du Salon", une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement malgré la pluie battante.

Après la présentation du numéro annuel de "Chroniques de Bresse", et un excellent exposé sur l'attitude de la baronne d'Attignat pendant la période révolutionnaire (par Barbara Fontaine, auteure de l'article du même nom dans la revue), le classement du concours de nouvelles a été dévoilé.

Voici ce classement, avec les félicitations aux gagnants :

Premier Prix du Concours 2014

Grand Prix du Concours, remis par M. Rodet, Vice-président du Conseil Général de l’AIN

Madame Pauline ROUAULT (74 - Marignier)

 

Deuxième Prix du Concours 2014

Prix du Château de Salvert remis par M. Martin,

 Maire de la commune d’ATTIGNAT

Monsieur Pierre AUBRY (75 - Paris)

 

Troisième Prix du Concours 2014

Prix du Salon du Livre et Prix des « 16-25 ans »

Madame Mathilde RIPART (78 – Jambville)

 

Quatrième prix

Madame Lucienne BONNOT-BANGUI (89 – Avallon)

 

Cinquième prix

Monsieur Jean Christophe PERRIAU (91 – Athis-Mons)

 

Sixième Prix

Monsieur Daniel BOURGEON (92 – Clamart)

 

Septième Prix

Madame Nathalie POUSSOU (36 – Rennes)

 

Huitième Prix

Monsieur Didier LARGE (38 – Ornacieux)

 

Neuvième Prix

Madame Christine BORIE ( 19 – Brives)

 

Dixième Prix

Monsieur Bernard MARSIGNY (42 – Marcoux)

 

COUPS DE CŒUR DU JURY, hors classement

 

Monsieur Julius NICOLADEC (58 – Premery)

 

Monsieur Etienne ROUX (26 – Crest)

 

Monsieur Jean-Maris PALACH (94 – Saint-Maur)

 

Monsieur François CHOLLET (31 – Toulouse)

 

Monsieur Didier LARGE (38 – Ornacieux)

samedi, octobre 04, 2014

LES AUTEURS PRESENTS A ATTIGNAT LE 12 OCTOBRE

Sous réserve de nouvelles et ultimes inscriptions :

(ordre alpha, pour ne froisser personne ; (th) = Librairie du Théâtre)

 

ACADEMIE DOMBES

    ALIX Cécile (th)

        AMIS DU SOUGEY

           AMIVER Editions

               ANGLEDROIT Ciceron

                   APRIL Constance

                       ARCHIMBAUD Florence

                           ARNOUX Sylvie

ASSO SAINT GUIGNEFORT

    BAL Serge

        BECUZZI Colette

            BERTHOLET Claude (th)

                BERTICAT Marie-Ghislaine

                    BIELER Michel (Mic Bruner)

                        BLONDELON Alain

                            BONNIER Georgette

                                BRENDEL Claude

CARTON Virginie (th)

    CAZE Sandy

         CHARNAY Didier

              CHEN-ADAM Isabelle

                   CICERALE Maggy

                        CLUZEL Annie

                             COLTICE Bernadette

                                 COMBAZ Michel-Jean

COULEUR CORBEAU

    COURTES Franck (th)

        CROZET Maxime

            DIAMANT VOUIVRE (FERRARIS R.)

                DE FAREINS Serge

                    DE VAUJANY Didier

                        D'EPENOUX François (th)

                            DIDIERLAURENT Jean-Paul (th)

DOUTREMER Bruno

    DUMONT Lucile

        DUPONT David

            EDITIONS du MOT PASSANT

                EN BRESSE AUJOURD'HUI

                    FABRI Eugène

                        FOENKINOS David (th)

                            FRIER Alain

                                FUENTES Roland (th)

GALAN Patrick

    GARNIER Marie

        GONON Fabrice

            GROCQ Françoise

                 GROS Alain

                      GUIBAUD Philippe

                          HAUTECLOQUE Bernard

                              KOUTEKISSA Marc

                                  LANCON Philippe

LIBRAIRIE DU THEATRE (th)

    LOMBARDI Marina

        LUBAC Lydie

            MABILON Clarisse

                MARTIN Dominique

                    MEBTOUCHE Ali

                        MEUNIER Daniel (Plum Edit)

                            MINEUR Cyrielle

MOROT GAUDRY Bernard

    NOGUARET Christophe

         PATRIMOINE PAYS DE L'AIN

             PERRAUD BOUSSOUAR Hélène

                 PIROUX Hippolite

                     PLATARETS Martine

                         POINTET Valérie

                             PONCIN Valérie

                                 POUX Claude

                                     PUTINIER Robert

QUINTIN Loic

    RAVOYARD Alain

        REBAUDET Olivier

            RIBAMAR Editions

                ROUTTIER Philippe (th)

                    SABATIER Eliane

                        SAKON Cécilia

                            SOCIETE D'ÉMULATION DE L'AIN

SUBREVILLE Patrick

    VASSEL GRAPHIQUE

        VICTORAIN Martial

            VIEL Robert

                VINCENT Joëlle

                    VISA-JEUX

                        VOLLAIRE Alain

                            VUAILLAT Patrice